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« Le 8 mars, histoire d’une lutte pour les droits des femmes »

Une idée de Clara Zetkin

Chaque année, depuis plus de 100 ans, nous dédions un jour aux revendications d’égalité de sexe et de genre. Plus qu’un choix symbolique ou une journée « prétexte », le 8 mars est une date …qui a une histoire ! Avec le 8 mars, nous fêtons l’idée d’un grand rassemblement international et annuel des femmes initiée par la journaliste et politicienne allemande Clara Zetkin.

C’est en 1910, lors de la deuxième Conférence Internationale des femmes socialistes à Copenhague, que la socialiste allemande et rédactrice en chef de la revue Die Gleichheit (L’Egalité) Clara Zetkin propose pour la première fois d’organiser la Journée Internationale des femmes. Elle propose la résolution suivante : «  les femmes socialistes de toutes nationalités organiseront, dans leurs pays respectifs, une journée des femmes spéciale dont le but premier sera de promouvoir le droit de vote des femmes (…)».[1] La conférence réunit une centaine de femmes venues de 17 pays : la proposition est aussitôt adoptée.

Le « Women’s Day » depuis 1908 aux Etats-Unis

La proposition de Clara Zetkin s’inspire des « Women’s Days » organisés aux Etats-Unis par des femmes socialistes depuis 1908. Le « Women’s Day » est consacré à la cause des ouvrières américaines et dénonce sans ambages l’oppression des femmes. En février 1909, le Parti Socialiste américain, qui prône la lutte pour le suffrage des femmes, fait du deuxième « Women’s Day » une de ses activités officielles. En 1910, une grève des ouvrières du textile à New York précède le « Women’s Day », augmentant son impact, puisque des milliers de femmes grévistes y participent.

Une vie dédiée aux droits des femmes

Fille d’un instituteur de village, Clara Zetkin naît en 1857 en Allemagne. Elle se destine elle-même à l’enseignement, mais durant ses études à Leipzig, elle fréquente les mouvements féministes et s’engage finalement dans la politique et le Parti socialiste. Elle lutte au sein de son parti pour intégrer la revendication de l’égalité économique, politique et juridique des femmes et s’impose petit à petit comme dirigeante politique d’envergure internationale et théoricienne des questions d’égalité.

En 1892, elle devient la rédactrice en chef du premier journal politique féminin Die Gleichheit, longtemps seul dans son genre en Europe, où elle dénonce entre autres les conditions de vie difficiles des femmes ouvrières et lie la question des femmes à la question du changement de la société dans son entier. En août 1907, elle est élue présidente du secrétariat international des femmes socialistes et c’est à ce titre qu’elle lance à Copenhague en 1910 l’idée d’un grand rassemblement annuel des femmes pour obtenir le droit de vote. Ce qu’elles obtiendront en novembre 1918 en Allemagne.

Clara Zetkin devient alors députée et sera réélue jusqu’en 1933, à l’arrivée des nazis au pouvoir. Elle prononce en 1932 le discours d’ouverture du nouveau parlement ­– au sein duquel siègent déjà des députés hitlériens – dans lequel elle fustige le nazisme et appelle les Allemands à le combattre. Contrainte de fuir l’Allemagne, elle arrive à Moscou à bout de force et décède le 20 juin 1933.

Une officialisation progressive

Le 8 mars 1914, les Allemandes réclament le droit de vote lors d’un grand rassemblement. A partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint-Pétersbourg, la tradition du 8 mars se met définitivement en place. Le 8 mars 1921, Lénine décrète cette date « Journée des femmes ». Le 8 mars 1977, les Nations Unies officialisent la Journée Internationale de la Femme. Cette date devient une journée de manifestations à travers le monde, l’occasion de faire un bilan.

Et en Suisse ?

En Suisse, les femmes socialistes sont de la partie dès le début et organisent dans de nombreuses villes de Suisse alémanique la première Journée des Femmes le 19 mars 1911. En Suisse romande, c’est en 1914 que 600 personnes se réunissent pour la première fois à Genève.

C’est ainsi que commence la longue tradition du 8 mars en Suisse, journée d’action et de revendication pour l’égalité des sexes et journée de solidarité avec les femmes du monde entier. Et parce que certains droits que l’on pensait acquis sont remis en question mais aussi que de nouveaux sujets de revendication émergent, la journée du 8 mars reste aujourd’hui encore brûlante d’actualité.

Journée des femmes et non pas de « la » femme

Réduire toutes les femmes à une seule identité, c’est considérer que les femmes possèdent une essence, une spécificité qui les réduit à une sorte d’ « éternel féminin ». « Le 8 mars n’est pas, comme on l’entend parfois, la journée de « la » femme, qui mettrait à l’honneur un soi-disant idéal féminin (accompagné de ses attributs : cadeaux, roses ou parfums), remarque Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes en France de 2012 à 2014.

Tandis qu’en anglais, on parle depuis le début de « Women’s Day », soit de la journée des femmes, la traduction française a mis au singulier- et donc réduit – cette journée de revendications diverses pour toutes les femmes à travers le monde. Depuis 2016 le Comité ONU Femmes France mène une campagne active pour que ces mauvaises traductions soient corrigées.

 

Que faire le 8 mars ?

Le site http://www.8mars.info propose une liste des choses à faire, autant pour les femmes que pour les hommes.

[1] http://www.revolutionpermanente.fr/Clara-Zetkin-organiser-les-femmes-socialistes