Dossiers VOI(X)ES
20070701
DECOLLAGE
Au-dessous, le tarmac défile, puis les lumières de la piste. Plus loin, les lumières des humains se dessinent. Elles deviennent lucioles. Puis, le contour de l'île et l'obscurité. Comme un ciel à l'envers qu'on efface.
Dedans, dans la bulle de l'avion, les écrans s'allument. Les milliers de kilomètres qui me séparent du retour s'affichent. Le sablier est retourné.
Je ferme les yeux et laisse glisser les petits grains d'images. Mes paupières me les gardent encore un peu. Je lutte contre le sommeil. Compte à rebours.
Je m'endors avec mon "sablier souvenirs".
Un mois plus tôt, voyage aller.
Impossible de dormir. Douze heures de vol devant moi. Le temps s'étire. Un temps suspendu pour voir ma vie de loin, comme une parenthèse. Entre le départ d'un quotidien et l'arrivée d'un ailleurs, dix ans défilent. Dix ans depuis mon dernier long voyage d'adolescente presque femme (ou de femme presque adolescente).
Dix ans à tracer un sillon avec la fragilité têtue de mes espoirs et de mes peurs. Récoltes, tempêtes, soleil et eau. Il paraît si petit entouré de tant d'autres, vu d'en haut, ce léger sillon d'amour, de deuil, de joie et de pertes.
J'avais besoin de le voir de plus haut, pour lui redonner la force de se dessiner plus loin.
Depuis dix ans, plus un envol hors continent, et jamais encore le luxe d'une parenthèse à moi, juste pour sentir, pour voir et pour vibrer, seule.
Je baille devant un film d'avion, chewing-gum pour les yeux et feuillette le papier glacé publicité. Indonésie, Bali, Denpasar. Destination carte postale. Atterrissage dans « L'île des Dieux ». Malgré l'invasion touristique, on dit que Bali a su garder son âme et ses mystères.
Je l'avais choisie parce que j'en savais assez pour être fascinée par son mystère et rassurée sur sa douceur.
Alors pourquoi est-ce que je ne dors toujours pas ?
Les dangers du voyage en solitude m'inquiètent. Au vingtième siècle, la décision d'un voyage en solo surprend encore: « Mais… Tu pars toute seule ? »
Comme si la solitude en voyage était étrange, inquiétante. Comme si elle ne pouvait être que subie et pas adoptée.
Plus tard, je saurai qu'elle est une accompagnatrice exigeante et généreuse, comme la vie.
Elle m'a fait demander l'autre, elle m'a déshabillée de mes habitudes, elle m'a chanté la beauté de ceux qui m'ont manqué, elle m'a dessinée à travers des regards inconnus, des rencontres intenses.
Une fois la page du voyage écrite, je saurai que la destination à atteindre, c'était le pays de mes yeux, vierge de beauté inconnue, le pays de mon ventre et de mon cœur. Mon âme avait soif d'être seule avec moi, loin de mes sourdes certitudes. Elle avait à me parler, c'était urgent. Elle m'ordonnait : «Arrête-toi, respire, écoute et regarde.»
Le charme, la douceur, le mystère et la beauté de cette île, je vous laisse en rêver.
Je vous en donne juste une phrase que j'essaie de ne pas oublier lorsque le gris tombe sur ma vie. Une phrase lancée par les yeux rieurs d'un jeune guide balinais:
«La vie est comme une mangue. Tu veux la mangue, tu la prends, elle est à toi, tu la manges et quand c'est fini, c'est fini. Comme la vie. C'est simple.»
Oui, la vie c'est simple et puissant comme le sentiment de mon existence sur une plage déserte, des larmes de joie devant l'implacable beauté du monde. Le sentiment d'être une part de ce tout, d'être le tout si je m'oublie.
Maroussia
Dedans, dans la bulle de l'avion, les écrans s'allument. Les milliers de kilomètres qui me séparent du retour s'affichent. Le sablier est retourné.
Je ferme les yeux et laisse glisser les petits grains d'images. Mes paupières me les gardent encore un peu. Je lutte contre le sommeil. Compte à rebours.
Je m'endors avec mon "sablier souvenirs".
Un mois plus tôt, voyage aller.
Impossible de dormir. Douze heures de vol devant moi. Le temps s'étire. Un temps suspendu pour voir ma vie de loin, comme une parenthèse. Entre le départ d'un quotidien et l'arrivée d'un ailleurs, dix ans défilent. Dix ans depuis mon dernier long voyage d'adolescente presque femme (ou de femme presque adolescente).
Dix ans à tracer un sillon avec la fragilité têtue de mes espoirs et de mes peurs. Récoltes, tempêtes, soleil et eau. Il paraît si petit entouré de tant d'autres, vu d'en haut, ce léger sillon d'amour, de deuil, de joie et de pertes.
J'avais besoin de le voir de plus haut, pour lui redonner la force de se dessiner plus loin.
Depuis dix ans, plus un envol hors continent, et jamais encore le luxe d'une parenthèse à moi, juste pour sentir, pour voir et pour vibrer, seule.
Je baille devant un film d'avion, chewing-gum pour les yeux et feuillette le papier glacé publicité. Indonésie, Bali, Denpasar. Destination carte postale. Atterrissage dans « L'île des Dieux ». Malgré l'invasion touristique, on dit que Bali a su garder son âme et ses mystères.
Je l'avais choisie parce que j'en savais assez pour être fascinée par son mystère et rassurée sur sa douceur.
Alors pourquoi est-ce que je ne dors toujours pas ?
Les dangers du voyage en solitude m'inquiètent. Au vingtième siècle, la décision d'un voyage en solo surprend encore: « Mais… Tu pars toute seule ? »
Comme si la solitude en voyage était étrange, inquiétante. Comme si elle ne pouvait être que subie et pas adoptée.
Plus tard, je saurai qu'elle est une accompagnatrice exigeante et généreuse, comme la vie.
Elle m'a fait demander l'autre, elle m'a déshabillée de mes habitudes, elle m'a chanté la beauté de ceux qui m'ont manqué, elle m'a dessinée à travers des regards inconnus, des rencontres intenses.
Une fois la page du voyage écrite, je saurai que la destination à atteindre, c'était le pays de mes yeux, vierge de beauté inconnue, le pays de mon ventre et de mon cœur. Mon âme avait soif d'être seule avec moi, loin de mes sourdes certitudes. Elle avait à me parler, c'était urgent. Elle m'ordonnait : «Arrête-toi, respire, écoute et regarde.»
Le charme, la douceur, le mystère et la beauté de cette île, je vous laisse en rêver.
Je vous en donne juste une phrase que j'essaie de ne pas oublier lorsque le gris tombe sur ma vie. Une phrase lancée par les yeux rieurs d'un jeune guide balinais:
«La vie est comme une mangue. Tu veux la mangue, tu la prends, elle est à toi, tu la manges et quand c'est fini, c'est fini. Comme la vie. C'est simple.»
Oui, la vie c'est simple et puissant comme le sentiment de mon existence sur une plage déserte, des larmes de joie devant l'implacable beauté du monde. Le sentiment d'être une part de ce tout, d'être le tout si je m'oublie.
Maroussia
