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20071106
MEDIATION FAMILIALE - QUESTIONS A MADAME MARIE-JO FAVEZ, MEDIATRICE A "COUPLE ET FAMILLE"
Qu'est-ce que la médiation familiale ?

La médiation familiale s'inscrit dans le courant général de la médiation qui offre la possibilité à des personnes en conflit de se rencontrer dans un lieu neutre, avec une tierce personne spécifiquement formée qui ne prend parti ni pour l'un ni pour l'autre, qui ne juge pas et qui est tenue à la confidentialité. La tâche du médiateur et de la médiatrice est de faciliter la communication aux protagonistes pour qu'ils trouvent leur propre solution au conflit qui les oppose. Cette démarche volontaire nécessite une participation active de chacun.

La médiation familiale a été prévue à l'origine pour les couples (qu'ils soient mariés ou non) en situation de séparation ou de divorce et c'est encore actuellement son principal champ d'activité. Mais elle s'avère aussi utile lorsque d'autres conflits émergent au sein de la famille, par exemple : des parents en désaccord sur l'éducation des enfants, des grands-parents privés des liens avec leurs petits-enfants, des frères et sœurs en difficulté lors d'un partage successoral, des jeunes en conflit avec leurs parents.

Aux couples en rupture, la médiation familiale offre un espace de parole dans lequel ils peuvent aborder n'importe quelle préoccupation en lien avec leur séparation, notamment toutes les questions concrètes auxquelles ils sont inévitablement confrontés (que devient le logement familial ? Comment organiser la vie quotidienne des enfants et faire en sorte qu'ils gardent un lien avec leurs deux parents? Comment se réorganiser financièrement ? etc…).

Dans un climat de respect mutuel et de responsabilité partagée, ils peuvent, malgré les tensions, renouer un dialogue devenu souvent très difficile (voire inexistant), parler ensemble de la réorganisation de leur famille en tenant compte de leurs besoins et de leurs intérêts et trouver eux-mêmes des solutions personnalisées pour leur avenir et celui de leurs enfants.

Leurs décisions sont consignées par écrit et, s'ils le souhaitent, ils peuvent faire ratifier leurs accords par un juge.

On peut aussi entreprendre une médiation familiale après une séparation ou un divorce, quand les décisions ne conviennent pas ou sont devenues inadéquates pour les enfants et leurs parents.


Depuis combien de temps pratiquez-vous la médiation et dans quel cadre ?

Je suis médiatrice familiale depuis 1998 à Couple et Famille, un organisme de consultations conjugales et familiales soutenu financièrement par l'Eglise catholique, l'Etat et la Ville de Genève. Ce service, qui propose aussi des consultations conjugales et des thérapies de famille, est ouvert à tous et toutes, dans le respect des valeurs et des convictions de chacun-e.


Les situations aboutissent-elles fréquemment à un accord ?

Je ne dispose d'aucune statistique me permettant de répondre et je me suis demandé pourquoi cette question m'était posée. Peut-être imagine-t-on que l'unique objectif de la médiation familiale est de parvenir à des accords, raison pour laquelle on souhaite en mesurer l'efficacité au nombre de situations se concluant par un accord. Encore faudrait-il préciser ce qu'on entend par « accord » !

Cela me donne l'occasion de préciser quels sont les objectifs d'une médiation. Il est vrai que la recherche d'accords en est un, mais ce n'est pas le seul. Est-ce même le plus important ? Pour moi, offrir à des personnes en rupture de communication un espace de parole leur permettant de se rencontrer ainsi que du temps pour que chacun puisse exprimer son point de vue, ses émotions, ses préoccupations, ses besoins et ses attentes en toute confidentialité, sans jugement ni parti pris, c'est déjà un objectif fondamental : cela permet à chacun-e d'être entendu-e et reconnu-e, de mieux comprendre ce qui a conduit à la séparation, de sortir un peu de la confusion et de s'ouvrir au point de vue de l'autre. C'est le premier pas nécessaire pour atteindre un autre objectif : rétablir un dialogue minimum pour que des parents vivant séparément puissent assumer tous les deux leurs responsabilités et que leurs enfants puissent garder de bonnes relations avec chacun d'eux. L'objectif final étant de trouver des solutions satisfaisantes pour tous et de parvenir à des accords pouvant être, le cas échéant, ratifiés par un juge.

Et il me paraît important, parfois, de pouvoir reconnaître ensemble qu'on est en désaccord et d'examiner comment on peut s'en accommoder. A défaut d'accord sur le fond, la médiation peut permettre une meilleure compréhension mutuelle et amener à détendre la relation.


Qu'est-ce qui favorise le succès d'une médiation ?

En me référant à ce que j'ai dit précédemment, je me demande ce qui permettrait de dire qu'une médiation a réussi ou a échoué, selon quels critères et qui peut en juger.

Ceci dit, la médiation est une démarche volontaire qui nécessite l'adhésion et la participation active de toutes les personnes concernées. L'idéal est d'avoir une motivation suffisante pour s'y engager dans un esprit de responsabilité partagée et de collaboration, avec l'envie de résoudre ensemble un problème commun, en partenaires (l'avenir des enfants, par exemple) au lieu de gagner une bataille contre l'autre, en adversaires. Ce qui n'est pas facile quand on se trouve dans une période très éprouvante remplie d'incertitudes et de grandes tensions et que les émotions sont très fortes.

Par ailleurs, je pense qu'il faut aussi pouvoir se donner du temps et ne pas être trop pressé malgré un grand besoin de solutions immédiates : du temps pour plusieurs séances (de 3 à 10 de 1h30 chacune), mais aussi du temps dans la durée, indispensable pour réorganiser une vie familiale dans tous ses aspects, en tenant compte des émotions qui y sont liées.


Quel est l'avantage d'aboutir à des accords de médiation plutôt que de suivre le chemin classique d'une procédure en divorce ou séparation ?

Au-delà de tout ce que j'ai dit précédemment, un des avantages de la médiation est de permettre aux couples de vivre ensemble le processus qui amène aux décisions, ce qui fait qu'elles sont mieux comprises et par là-même mieux appliquées. Un autre avantage à mes yeux, et non des moindres, c'est que les parents collaborent dans l'intérêt de leurs enfants en laissant ces derniers à l'écart de leurs conflits de couple.


Savez-vous si les accords de médiation se révèlent durables et appliqués dans le temps ?

Tout ce que je peux dire, c'est que des études l'affirment.


Les enfants concernés par un divorce sont-ils parfois présents dans le processus de médiation et dans quelles conditions, situation ou cadre ?

Physiquement, les enfants ne sont pas présents dans le processus de médiation. Mais il sont présents d'une autre manière, dans la mesure où leurs parents sont là justement pour (re)trouver un dialogue et échanger à leur sujet.


Certaines femmes craignent de ne pas être suffisamment outillées pour s'affirmer dans une médiation.Remarquez-vous dans votre pratique une différence d'affirmation entre hommes et femmes dans le processus ? Comment faire pour que l'équilibre des pouvoirs soit garanti ?

Il m'est difficile de répondre à cette question sans savoir de quels « outils » ces femmes pensent manquer pour s'affirmer.

Dans ma pratique, de manière très générale et très schématique, je crois pouvoir dire que les hommes ont ou pensent, détenir le pouvoir économique, tandis que les femmes ont ou pensent, détenir le pouvoir sur les enfants, et certain-e-s tentent de s'affirmer à partir de là. Mais il y a bien d'autres formes de pouvoir et de façons de s'affirmer qui ne sont pas toujours liées au sexe.

Quant à garantir l'équilibre des pouvoirs… La médiation n'a pas la prétention de faire disparaître les inégalités structurelles qui existent dans la société, mais elle peut rehausser le pouvoir de l'un-e ou de l'autre lorsque c'est
nécessaire. Comment ? En favorisant l'expression, en faisant attention à l'état d'esprit dans lequel se déroule la médiation, en instaurant un mode de communication franc et ouvert, en veillant à ce que chacun-e dispose d'informations suffisantes, en relevant le positif, etc.

Il est indispensable aussi que chaque membre du couple sente lui/elle-même s'il/elle est à l'aise ou pas, et qu'il/elle garde la liberté d'interrompre le processus de médiation si nécessaire. Certaines personnes (hommes ou femmes) ont besoin d'être conseillées, soutenues et défendues : dans ce cas-là, il est parfois préférable de faire appel à un avocat.


Quels sont les points forts que vous retenez de votre pratique ?

Ce qui me frappe en tout premier lieu, c'est l'écart existant entre le divorce tel qu'il est perçu et banalisé dans notre société et la très grande souffrance et le désarroi des familles qui le vivent. C'est pourquoi je trouve si important que la médiation familiale offre un espace neutre et sécurisant dans lequel toutes les émotions liées à cette étape de vie puissent être exprimées par les deux membres du couple, en présence l'un de l'autre. Espace neutre dans lequel ils peuvent aussi parler ensemble de leurs enfants.

Et je suis très reconnaissante à l'équipe de F-Information de m'avoir donné la possibilité de parler de la médiation familiale et de contribuer ainsi à ce qu'elle soit davantage et mieux connue !

Marie-Jo Favez

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