F-information
67 rue de la Servette
CP 128
1211 Genève 7

Tél : 022.740.31.00
Fax: 022.740.31.44
Mail
Dossiers VOI(X)ES
20080101
COMMENT S'OPERE LE CHOIX D'UNE FORMATION OU D'UN METIER QUAND ON EST UNE FILLE ?
Quels sont les critères, les influences, les difficultés, les obstacles ? Nous avons interrogé 4 jeunes femmes aux parcours aussi différents qu'intéressants. Voici leurs portraits.
Catherine BROADHURST, 22 ans, étudiante en première année à l'Ecole d'éducateurs-trices du jeune enfant.

Catherine a commencé par faire une année en Architecture à l'EPFL. Elle avait été forte en dessin technique à l'école, était intéressée par l'architecture, et avait comme exemples sa marraine et son parrain, tous deux architectes. Cette voie plaisait aux adultes qui l'entouraient, mais visiblement «n'était pas pour moi» nous dit-elle.
Au bout de sa première année elle a abandonné cette voie qu'elle a trouvée pleine de stress, et avec des débouchés incertains. Elle s'est alors inscrite en Sociologie à l'UNI de Genève, «plus pour échapper aux questions et pressions des parents que par intérêt personnel. Au moins, c'était un domaine plus humain, plus social» nous dit-elle. Pendant cette année, Catherine a sérieusement remis en question ses choix et, avec l'aide de sa mère, elle a pu, pendant les vacances, faire des stages en Allemagne, dans le milieu hospitalier et en ergothérapie.

Elle a su qu'elle voulait travailler avec des enfants, qu'elle aimait travailler en groupe, et qu'elle ne voulait pas se retrouver aux prises avec la maladie ou dans un travail en solitaire. De retour à Genève, elle a trouvé un stage en crèche, et là, son choix était fait! Les critères décisifs ont été pour elle le travail en groupe, l'aspect vivant et varié de la profession, et le fait que, petite fille, elle accompagnait souvent sa mère, enseignante, sur son lieu de travail. Bien sûr, ce critère n'a été que tardif, au départ Catherine ne voulait surtout pas faire comme sa mère !! Un événement déterminant a été la naissance de son petit demi-frère, qui l'a confortée dans son désir de travailler dans le domaine de la petite enfance. Pour le reste, son choix a été très personnel !
Catherine est catégorique en disant que ses enseignant-e-s, à l'école, ne l'ont en rien encouragée ou influencée dans son choix de profession. En revanche, elle remercie vivement sa mère qui a su lui donner un «coup de pied au derrière» au moment où elle doutait le plus. Bien que désagréable sur le moment, ce coup de pied a été salutaire pour elle !

De ses études actuelles, Catherine tire une grande satisfaction. Elle a été admise du premier coup, ce qui l'a encouragée par rapport à ses expériences précédentes qu'elle vivait comme des échecs et qu'elle dit avoir mal vécues. Elle trouve les études intéressantes, s'y sent à sa place, et a hâte de faire plus de stages dans les crèches. Pour le moment, elle ne rencontre aucune difficulté. Elle pourrait, par la suite, en rencontrer peut-être lors des stages «hors champ», mais cela n'est pas du tout certain. Quant au fait d'être une fille, cela n'a nullement influencé son choix. «C'est un choix personnel, dit Catherine avec fierté, maintenant, j'ai trouvé ma voie !»


M. B. a 32 ans. Elle est Agent de méthodes dans une fabrique horlogère.

Elle a une formation de technicienne ET en mécanique et un diplôme de régleuse-programmatrice sur machine CNC. A 19 ans, M. a été recalée à l'Ecole d'ingénieurs (EIG), elle s'est donc tournée vers l'Ecole de mécanique (CEPTA). Concernant les raisons de son choix, elle dit : «J'avoue que j'ai choisi cette formation un peu par élimination. Après mon échec à l'Ecole d'ingénieurs, j'ai choisi la mécanique car je ne voulais pas aller à l'Ecole de commerce».

Elle a choisi seule, avec le soutien de ses parents. «Les enseignant-e-s n'ont été d'aucune utilité et j'avais déjà des amis à l'Ecole de mécanique qui ont pu me parler de cette formation». Le fait d'être une femme a-t-il influencé son choix ? «Je ne pense pas. En même temps, c'était un peu une revendication pour montrer que nous pouvons faire ce métier comme n'importe quel homme» reconnaît-elle. Aujourd'hui, son poste a évolué et une partie seulement de son travail fait appel aux connaissances acquises pendant la formation.

Parlant des satisfactions et difficultés liées à son choix, elle dit : «Beaucoup d'hommes, toutes générations confondues, ont du mal à accepter que l'on fasse le même travail qu'eux. Et lorsqu'on fait une erreur, ce n'est pas parce qu'on est incompétente mais parce qu'on est une femme, comme si une femme était de toute façon incompétente. On ne peut pas se permettre de se tromper. C'est usant. La satisfaction vient lorsqu'on arrive à faire changer quelques mentalités, alors on se dit que peut-être un jour, toutes et tous auront la place qu'elles/ils désirent dans le métier de leur choix».


Dana DORDEA, 29 ans, avocate

Déjà quand elle était élève au Cycle d'orientation, Dana avait songé au métier d'avocate. Des films et des lectures d'affaires juridiques dans les journaux lui avaient donné une idée de cette profession. Au Collège, elle avait choisi la branche scientifique car il n'y avait pas d'option Droit à ce moment-là, elle avait pourtant un grand intérêt pour les matières littéraires. Un cours de Droit de deux mois en 3ème du Collège l'a définitivement confortée que c'était bien la filière qu'elle voulait suivre. Ses principaux critères ont été l'intérêt pour la matière, et les multiples débouchés qui s'offraient à la fin des études.

Par tradition familiale et par ambition personnelle, le parcours universitaire était pour Dana une évidence. Ses parents, tous deux universitaires, mais pas dans le domaine du Droit, avaient fui un pays communiste où ils avaient tout perdu, et avaient dû recommencer à zéro en Suisse. Leur devise a donc été «On peut tout nous enlever, mais pas notre diplôme universitaire». Cette devise a fait partie de l'éducation qu'a reçue Dana. Mais elle a été articulée avec sa propre ambition d'aller loin dans ses études, et par une grande facilité à l'école qui lui faisait sentir qu'elle pouvait pousser plus loin. Les enseignant-e-s de Dana ne l'ont jamais influencée pour faire des études de droit, c'était plutôt dans les matières scientifiques qu'elle se voyait encouragée par ses professeur-e-s.

De son métier d'avocate, Dana tire une grande satisfaction. Tout d'abord, du fait d'avoir réussi à atteindre son but, d'une traite et dans un délai très court. «J'y suis arrivée grâce à mes propres compétences, sans l'aide de personne, et sans le moindre piston !» nous dit-elle. Des regrets ? Peut-être celui de n'avoir pas fait un LL.M, Master après le brevet d'avocate. Mais ce n'est pas grave !

Quelles difficultés rencontre-t-elle dans son travail ? Chaque dossier est différent, on ne peut pas se reposer sur des acquis. Cela demande une recherche et une formation continue. C'est l'aspect peu reposant du métier. De plus, son jeune âge fait qu'elle est parfois prise pour une stagiaire, y compris par certains juges. Dana trouve que le fait d'être une femme l'oblige souvent à justifier plus ses compétences. Sans oublier que certains clients «omettent» de l'appeler «Maître» et l'appellent simplement «Madame».


Elena CAUSETTI MARTINEZ, 29 ans, peintre en bâtiments.

Elena a fait son choix professionnel à l'âge de 17 ans. N'ayant pas d'idées claires sur ce qu'elle voulait faire, elle s'est rendue à Tremplin jeunes où elle a passé des tests et, suite à un stage en entreprise, elle a fait son choix. Son entourage ne l'a pas vraiment aidée, mais une fois le choix fait, elle pense qu'il l'a soutenue du mieux qu'il pouvait.

Au moment de faire son choix, le fait d'être une fille n'a pas été un facteur dont elle ait tenu compte. Aujourd'hui, elle dit : «Je regrette parfois mon choix professionnel parce qu'étant devenue une femme de trente ans, mes désirs de jeune fille de 17 ans ne sont plus les mêmes, et de ce fait je souffre de certaines situations que je rencontre au travail, le machisme, l'inégalité, ne pas avoir à disposition un WC et un lavabo sur la plupart de mes lieux de travail. On ne pense pas à toutes ces choses quand on est adolescente, et on se dit que si on avait su, on n'aurait peut-être pas choisi cette orientation professionnelle.»

Dans la même rubrique

1. avril 2008 EUROFOOT ET TRAITE DES FEMMES
2. février 2008 QUESTIONS A MONSIEUR PIERRE-YVES AUBERT, DIRECTEUR D'INFOR JEUNES
3. janvier 2008 Document interne pour cours de formation
4. novembre 2007 MEDIATION FAMILIALE - QUESTIONS A MADAME MARIE-JO FAVEZ, MEDIATRICE A "COUPLE ET FAMILLE"
5. septembre 2007 INTERVIEW DE CAROLINE PIFFARETTI, COORDINATRICE DES MAGASINS DU MONDE DE SUISSE ROMANDE
6. juillet 2007 DECOLLAGE
7. juillet 2007 VOYAGES ENTRE AMIES
8. mai 2007 QUI A PEUR ET DE QUOI ? (suite)
9. mai 2007 QUI A PEUR ET DE QUOI ?
10. février 2007 ENTRETIEN AVEC SALIKA WENGER
11. janvier 2007 SANDRINE SALERNO, CONSEILLERE MUNICIPALE - VILLE DE GENEVE
12. novembre 2006 MONOPARENTALITE-S...
13. septembre 2006 UNE RENCONTRE AVEC COLETTE SOUFFLET, ANCIENNE AUMONIERE CATHOLIQUE DE PRISON
14. juin 2006 QUESTIONS AUTOUR DU BEAU ET DU REGARD
15. mai 2006 EGALITE, DE QUOI PARLONS-NOUS ?
16. février 2006 REFLEXIONS DE MURIEL GOLAY SUR L'AIDE ET LES SOINS PRODIGUES AUX PROCHES
17. janvier 2006 ET VOUS, LA GALANTERIE, QU'EN PENSEZ-VOUS ?
18. novembre 2005 INTERVIEW DE MAAIKE KRUSEMAN, SPECIALISTE EN NUTRITION ET EN SANTE PUBLIQUE, DIETETICIENNE DIPLOMEE MPH
19. septembre 2005 INTERVIEW D'EMMANUELLE DE RIEDMATTEN, REALISATRICE
20. mai 2005 QUESTIONS à MADAME MARTINE BRUNSCHWIG GRAF, PRESIDENTE DU CONSEIL D'ETAT
Page : 1 | 2 | 3