Fille du savant Horace Benedict de Saussure, Albertine est née à Genève en 1766. Elle fut la première femme à publier ses théories sur la pédagogie. Elle reçut elle-même une éducation très soignée à la fois basée sur des principes religieux très fermes et une grande ouverture sur tous les domaines de la connaissance : lettres, sciences, langues étrangères, arts, etc.
Mariée à l’âge de 19 ans avec Jacques Necker, elle passa les vingt années qui suivirent à élever ses quatre enfants. Formée à l’art de la conversation chez sa cousine Germaine de Staël, elle ouvrit plus tard son propre salon. Puis atteinte d’une surdité progressive elle dut abandonner cette activité.
A partir de 1815, une succession de deuils la frappa (sa fille, sa mère, Madame de Staël) qui la conduisirent à se concentrer sur sa vie intérieure et sur une œuvre littéraire. Elle commença par traduire en français un cours donné en allemand auquel avait assisté Madame de Staël. L’ouvrage paru en 1814 puis en 1819, à la demande d’amis, elle publia une biographie de Madame de Staël. Enfin elle se consacra à son domaine de prédilection : la pédagogie.
Sa grande œuvre est l’Education progressive qui se compose de trois volumes qui paraissent entre 1828 et 1838. Dans le premier tome Etude de la première enfance, elle utilise son expérience personnelle de mère et de grand-mère et fait la synthèse de ses observations en temps qu’éducatrice. Pour elle, la petite enfance a une importance capitale, ce qui est démontré aujourd’hui : l’étude et le plein air doivent être équilibrés, la punition et la récompense doivent faire partie de l’arsenal éducatif. Elle s’oppose aux théories de Rousseau qui prônait une éducation sans contrainte. Très chrétienne elle-même, elle était en faveur d’une éducation religieuse.
Dans le deuxième volume Etude de la dernière partie de l’enfance elle préconise la mixité et le même enseignement pour les filles et les garçons. L’adolescent-e doit prendre part à sa propre éducation et se prendre en charge. Ceci correspond à une vision très moderne de la pédagogie.
Le troisième volume Etude de la vie des femmes évoque les étapes de la vie de femme. Elle est contre les mariages précoces, situation qu’elle a vécue elle-même et pense qu’une fille doit recevoir une éducation complète. En ce sens, elle peut être qualifiée de « féministe ». Mais sa croyance et son obéissance en Dieu la font rester traditionnelle ainsi que la soumission au mari qu’elle prône. Enfin l’éducation qu’elle défend s’adresse aux classes favorisées de son époque. Mais son influence est indéniable : en 1847 l’Ecole secondaire de jeunes filles est créée et le livre d’Albertine de Saussure servira de base pour la mise en place de cette institution.
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