Oui, si l’on se fie au nombre de dossiers de jeunes de 18 à 25 ans à l’assistance. Le taux est passé de 2,09% en 1999 à 4,18% en 2005. Actuellement la progression est moins forte mais elle se poursuit, alors que le nombre de dossiers, toute population confondue, a tendance à diminuer.
Selon vous quelles en sont les causes ?
Notre expérience montre que les causes principales de la pauvreté des jeunes sont liées, entre autres, à la suppression du droit au chômage à la fin des études, à un accès à la formation et à l’emploi de plus en plus sélectif, à la difficulté d’accès au logement, au coût de la vie en augmentation, ainsi qu’à la sollicitation très forte à la consommation (comme valeur clé de la société) à laquelle sont exposés les jeunes.
Quelles difficultés rencontrent ces jeunes ?
On constate comme déjà dit une nette difficulté d’accès à la formation et au logement. Les jeunes concernés rencontrent aussi des difficultés d’organisation personnelle. Il souffrent d’un manque de perspective d’avenir, d’isolement et de détresse sociale...
Puisque c’est un phénomène relativement nouveau, qu’est-ce qui a changé par rapport à il y a 15 ou 20 ans ?
On assiste à une rigidification des systèmes et à une sélection basée sur la performance et la compétitivité. La tendance est à une lecture très individuelle des problématiques. Tout devient affaire de responsabilité individuelle (Si t’es pauvre c’est que tu ne t’es pas donné les moyens...) au détriment de la solidarité et de la responsabilité collective - sociale.
Quelles sont les actions à mener en priorité pour combattre ce phénomène ?
De nombreuses pistes sont possibles :
• Développer une politique cantonale de la jeunesse.
• Prioriser l’accès à la formation.
• Développer l’appui aux parents dans les tâches d’éducation (adolescents / jeunes adultes).
• Renforcer la mission éducative de l’école en lien avec les parents.
• Proposer une assurance maladie en fonction des revenus...
• Rendre possible une image valorisante et valorisée de la jeunesse.
S’agit-il d’un désengagement des parents ou d’un problème de société ?
Ce n’est pas ou mais et. Les familles, sont malmenées et débordées... Elles ont à faire face à des conditions de travail de plus en plus exigeantes ou précaires, à de nombreux déplacements, à une pénurie de places dans les crèches, etc. Dans ce contexte, il leur est plus difficile de transmettre des valeurs, des limites.
Cette pauvreté touche-t-elle de manière différente les filles et les garçons ?
Vraisemblablement cela touche tout le monde mais dans la pratique d’Infor jeunes, les filles semblent plus résilientes, plus combatives à prendre en charge leur situation.
Y a-t-il des populations plus exposées que d’autres ?
Oui, on constate que les familles monoparentales, les familles recomposées ainsi que les familles vivant un contexte interculturel, sont des groupes plus exposés aux difficultés sociales.
Pauvre à 20 ans : pauvre à 40 ans ?
Nous voulons penser que non. Si l’ascenseur social est en panne, prenez l’escalier !
Mais la réalité et les déterminismes sociaux nous démentent trop souvent. L'escalier n'est pas toujours
accessible !
Qu’est-ce qui vous touche personnellement le plus dans les jeunes que vous côtoyez ?
L’isolement, le désœuvrement subi, la colère de ceux qui ont des problèmes.
La « pêche », l’enthousiasme, l’envie d’être et de faire de ceux qui s'en sortent.
Pierre-Yves Aubert, Infor jeunes
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