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FEMMES D'ICI ET D'AILLEURS, RENCONTRES, TEMOIGNAGES
"Pour ma part, je suis née en Suisse et après avoir élevé seule mes deux enfants qui, étant adultes ont quitté la maison, je me retrouve toute seule dans mon appartement.

Dernièrement j'ai été malade pendant 8 mois et malgré le fait que j'aie des amis suisses, c'est auprès de mes amis africains que j'ai trouvé le plus grand réconfort. Ces deux familles m'ont non seulement accueillie mais également nourrie car je n'arrivais plus à préparer mes repas. Je savais que je pouvais arriver chez eux à n'importe quel moment sans avertir. Je me suis sentie acceptée pour moi, comme j'étais, avec mes états d'âme sans avoir besoin d'expliquer, de justifier, je pouvais être là, simplement, en silence.

Nous avons la chance de vivre dans une ville multiculturelle, donc la possibilité de rencontrer d'autres ethnies et ainsi bénéficier des richesses qu'elles ont à nous apporter. Au sujet de mes amis africains, je pense que nous avons beaucoup à apprendre d'eux particulièrement en ce qui concerne les relations humaines qui sont empreintes de simplicité. "

Ushma



Lettre d'une requérante d'asile à une amie

"Chère amie,

Tu souhaites que je te décrive ce que vit et éprouve une requérante d'asile en Suisse. Je vais donc essayer de retracer àton intention mon parcours d'exilée, pour te donner une idée de ce que j'ai vécu.

Dans mon pays d'origine, où la dictature et l'oppression règnent, il existe des personnes qui se sentent responsables des autres et qui manifestent de la compassion pour les souffrances du peuple.(...)

(...) En ce qui me concerne, j'ai été une militante des droits de l'homme. Après plusieurs années de lutte politique et sociale puis une période d'emprisonnement au cours de laquelle j'ai été torturée, j'ai dû me résoudre à fuir mon pays pour échapper à de nouvelles menaces. C'est ainsi qu'après bien des péripéties, je me suis retrouvée en Suisse, où j'ai demandé l'asile politique, il y a de cela plusieurs années.

Tout au début de mon séjour dans votre pays, j'ai commencé àressentir comme une souffrance mortelle l'absence de mes amis intimes que j'avais dû quitter et la solitude. Cette douleur n'a pas cessé de m'accompagner tout au long de ces années. Il faut comprendre toute la frustration qu'éprouve, dans de telles circonstances, quelqu'un qui, comme moi, aime passionnément son peuple.

Je me souviens encore des jours qui ont suivi mon arrivée en Suisse, chaque après-midi, je me rendais au bord du lac. Je contemplais les magnifiques paysages de cette région, j'admirais la splendeur de ses parcs et, pendant des heures, je parlais en pleurant aux fleurs ou à l'eau. A chaque plate-bande, je donnais le nom de l'un de mes enfants, que j'avais dû laisser derrière moi en m'exilant, et je lui racontais toutes mes souffrances. C'était un besoin absolument impérieux pour moi à ce moment-là, tellement la présence de mes enfants me manquait.

Pendant ce temps, les passants autour de moi parlaient et riaient dans une totale insouciance. Je me demandais comment les habitants de mon pays d'accueil pouvaient être aussi inconscients des souffrances du reste du monde; ils ne connaissaient ni l'émigration, ni l'expatriation, ni les tortures, ni la cruauté, ni les menaces d'exécution capitale. Tant mieux pour eux s'ils étaient nés àcet endroit de la Terre, tant mieux pour eux également, si l'absence de ressources naturelles avait mis leur pays à l'abri des convoitises de l'impérialisme ou du colonialisme. Moi qui dans mon pays, avait revendiqué la liberté pour chacun, j'en venais, sous la pression de mes émotions et de ma douleur, à dénier aux gens qui m'entouraient le droit de vivre dans le bonheur. Moi qui, habituellement, aimais les gens, voilà que j'éprouvais de tels sentiments. Qu'est-ce qui m'avait donc amenée à réagir d'une manière tellement opposée àma nature profonde ?

Quelquefois, je comparais la Suisse avec la prison que j'avais connue dans mon pays. Paradoxalement, je regrettais le temps oû j'étais incarcérée. Durant cette période-là, j'avais au moins le droit de recevoir toutes les trois semaines la visite de mes enfants et de mon mari. Je pouvais communiquer dans ma langue maternelle avec mes codétenues, j'avais le sentiment de vivre entourée de présences amies, je connaissais tout le monde. Quand je revenais de la salle de torture après un interrogatoire, les autres prisonnnières s'empressaient autour de moi et me soignaient. (...)

En Suisse, en revanche, je ne connaissais personne, je ne parlais pas la langue et j'étais séparée de mes enfants. Lorsque mon coeur saignait, lorsque je souffrais de nostalgie, personne ne venait me consoler. En plus, en tant qu'étrangère, je me sentais de trop. Et pourtant, les Suisses que j'ai cotoyés ont toujours été très bons pour moi. Pour sortir de mon isolement, j'ai commencé à apprendre le français. On m'a permis de fréquenter des classes collectives, pendant trois mois, avec des élèves bien plus jeunes que moi, qui avaient déjà une certaine connaissance de la langue. Grâce au Centre Social Protestant, j'ai pu suivre un autre cours, pendant trois mois supplémentaires. Mais pouvez-vous imaginer quelle peut être la réceptivité à une nouvelle langue d'une femme qui s'est enfuie précipitamment de son pays en laissant sa vie derrière elle ? (...)

(...) Dans mon pays, on m'a considérée comme une criminelle parce que je militais pour le respect des droits de l'homme. C'est pour cela que j'ai dû m'exiler, dans un pays qui prône précisément d'une manière très insistante le respect de ces droits pour lesquels j'ai lutté.

Dans ma naïveté, j'imaginais que la Suisse ferait tout pour me permettre de retrouver mes enfants. Pour moi, il s'agissait d'un droit fondamental. Mais hélas, combien j'étais loin de la réalité ! Combien l'optimisme avec lequel je considérais ma situation était-il infondé ! (...)

(...) Mes contacts avec les autorités suisses, cantonales ou fédérales, ont sans cesse abouti à des impasses. Malgré mon insistance à leur expliquer ma situation exceptionnelle, toutes mes démarches (j'ai écrit plus de vingt lettres) sont restées vaines. On refusait que je fasse venir mes enfants, même pour me rendre simplement visite, et on mettait en doute ma qualité de réfugiée politique. (...)

(...) Comme déjà dit, cela fait maintenant plusieurs années que je vis dans un pays aussi beau que le paradis, mais je m'y sens prisonnière. Je n'ai pas le droit de franchir les frontières de la Suisse puisque mon statut de réfugiée m'est toujours contesté. Après tant d'années d'attente, aucune réponse définitive ne m'a encore été donnée et ma situation n'est toujours pas réglée. A cause de cela, bien que je vive au bord d'un lac splendide, au charme presque magique, bien que les habitants de la ville oû je réside soient incroyablement gentils et paisibles, je ne cesse de me faire du mauvais sang. Je reste ainsi dans l'incertitude par rapport àmon avenir. (...)

(...) Moi qui te parle comme je viens de le faire, j'étais autrefois solide comme le roc, capable de faire face aux problèmes et les résoudre. Voilà ce que l'exil a fait de moi, en me réduisant au désespoir. Crois-moi, mon stylo et ma tête sont fatigués d'écrire ce que je porte en moi. Je ne t'en ai d'ailleurs restitué qu'une petite partie. J'espère que ce sera soutenable pour toi d'être confrontée avec ce que je te dis de mes souffrances. Mon voeu le plus ardent est que les pays qui connaissent actuellement la tyrannie découvrent un jour la liberté et que les réfugié-e-s puissent y retourner.

Avec mes salutations bien amicales

"Une requérante d'asile, exilée en Suisse."

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