Emilie Naville est née en 1843 à Vernier dans une famille protestante impliquée dans la vie politique. Son père fut maire et député au Grand Conseil. Elle épousa Gustave de Morsier dont elle eu trois enfants. Elle est l’illustration des idées féministes et abolitionnistes qui avaient cours dans le milieu protestant genevois de la deuxième moitié du XIXe siècle.
A la suite de difficultés financières, les époux Morsier s’installèrent à Paris en 1868 et c’est la guerre de 1870 suivie de la Commune qui lui firent prendre conscience de la misère sociale et l’amenèrent à adhérer à des associations internationales œuvrant pour la paix et la liberté.
Mais la rencontre décisive fut celle de Joséphine Butler. Celle-ci faisait des séjours réguliers en Suisse romande pendant lesquels elle connut des figures suisses importantes, sur lesquelles elle s’appuya pour étendre son influence sur le continent, dans sa lutte pour l’abolition de la prostitution. Emilie de Morsier devint une militante convaincue et œuvra dans une association d’entraide aux anciennes prostituées.
Cet engagement lui permit d’affirmer ses idées féministes. En 1875 Joséphine Butler et Aimé Humbert-Droz, un politicien franc-maçon neuchâtelois, fondèrent la Fédération abolitionniste internationale (FAI), dont Emilie devint membre du comité exécutif jusqu’à sa mort. En 1879 elle créa l’Association française pour l’abolition de la prostitution réglementée.
Le comité français de la FAI était composé d’éléments divers et Emilie dut prendre partie. Elle refusa les idées évangéliques répressives et opta pour une position républicaine centriste. Grâce à ses traductions de révolutionnaires italiens, elle se forgea une opinion marquée par sa sympathie pour le socialisme. Elle continua à militer en faveur du féminisme en tenant salon et en organisant la représentation des Françaises lors de congrès féministes.
Elle s’initia par ailleurs à l’homéopathie, au magnétisme, à la spiritualité, à l’ésotérisme, etc. et collabora à une revue consacrée à ces sujets. Ceci lui permit d’organiser un congrès féministe en 1889 qui mettait l’accent sur les réformes sociales. D’autres congrès préféraient mettre en avant les droits civils et politiques. Sa vision ésotérique et son féminisme se propagèrent dans différents cercles.
Emilie de Morsier mourut en 1896 d’un cancer du sein mais sa pensée survécut dans son fils, Auguste de Morsier, député au Grand Conseil, qui milita pour le suffrage féminin.
Dans la même rubrique
| 61. | février 2006 | NEIDONUO ANGAMI |
| 62. | janvier 2006 | ZULEIKHAN BAGALOVA |
| 63. | janvier 2006 | ZAM-ZAM ABDI |
| 64. | novembre 2005 | GRISELIDIS REAL |
| 65. | septembre 2005 | EMILIE GOURD |
| 66. | juin 2004 | Maryann WANGUI KIHIA |
| 67. | juin 2004 | Lucy SERENA |
| 68. | juin 2004 | Dalila HADRI-VIONNET |
| 69. | juin 2004 | Sahar MALIK |
