Ce mardi matin, je me réveille d’humeur marine… aurais-je rêvé du flap,flap des vagues contre la coque d’un bateau ? du sourire d’un beau marin tout de blanc vêtu ? du goût salé d’un bon poisson frit ? pas le temps de procéder à des interprétations psychanalytiques de mes rêves ! Plutôt besoin de rendre réelles ces impressions de fin de nuit. D’un bond, je suis hors de la moiteur de mes draps. Mon sac à dos, fidèle compagnon de mes vacances-maison, me sourit de toute sa fermeture éclair, tout en me lançant un clin d’œil espiègle depuis le bouton de la pochette extérieure. L’essentiel est déjà dedans. Crème solaire, pull, imperméable, carte, couteau suisse, pansements, granules d’arnica et lingettes humides. Y a plus qu’à ajouter une bouteille d’eau, quelques fruits secs et un bon bouquin. Actuellement, c’est un récit de voyage, « Les îles heureuses de l’Océanie – Le Pacifique à la pagaie » de Paul Theroux. De quoi s’évader de toutes les façons.
Après une bonne douche et un petit-déjeuner de fruits, je lance un dernier coup d’œil à mon miroir. J’ai le teint hâlé et le regard touriste. Si, si, je vous assure, je n’ai pas quitté Genève un seul instant ! Dans la rue, baignée par le soleil matinal, je rencontre les « autochtones » qui vont au travail. Je prends le bus avec eux, mais je n’ai pas le nez dans mon livre, ni même dans le journal gratuit. Je le garde en l’air, le nez. Cette fois-ci, je ferai attention aux façades des immeubles du côté droit de la rue pendant le trajet. Tout en restant attentive à la voix qui annonce les arrêts. Ne pas louper l’arrêt Mont-Blanc. C’est là que je descends. Arrivée sur le quai, je cherche le point d’embarquement des bateaux à destination d’Yvoire. C’est là que j’ai décidé de me rendre aujourd’hui, pour ma journée marine. Ben quoi, vous pensez que j’ai le temps d’y aller moi, pendant l’année ? Le Dimanche en voiture comme tout le monde ? Pas vraiment ma tasse de thé, ou plutôt mon verre de limonade !
Au guichet, l’employé de la CGN affûte son anglais, ou alors son espagnol, voire même son russe, mais c’est avec un accent bien genevois que je lui demande un billet pour la journée. Il ravale son anglais, ou alors son espagnol, voire même son russe, et, un brin interloqué, me tend un billet. Me voici donc sur le beau bateau qui me flottera jusqu’à Yvoire, pas avant de m’avoir faite zigzaguer sur le lac en touchant les jolis petits ports de Versoix, Nyon, Nernier.
Mon livre attendra, pour le moment je profite de la relative fraîcheur du matin pour m’allonger sur le pont. En fermant les yeux, je retrouve le flap, flap de l’eau contre la coque du bateau. Un pur délice auquel se mêle la conversation du couple deux chaises-longues plus loin. Quelle langue parlent-ils ? Je leur demanderai plus tard. Pour l’heure, mes paupières restent mi-closes et la brise me caresse la casquette. Ils ont l’air jeunes… sont-ils en voyage de noces ? Ou alors, ont-ils laissé leurs enfants aux grands parents pour s’offrir une escapade dans notre beau pays ? Que font-ils dans la vie ? Quelle impression leur laissera le lac de Genève, comme beaucoup de touristes appellent le Léman ? Où vont-ils descendre ? Mes souvenirs soudain s’égrainent. Quand mes enfants étaient petits… quand j’étais étudiante sans le sou… quand la maîtresse me grondait à la gym… Je crois bien que je me suis endormie un moment. C’est cela aussi les vacances !
Le soleil commence à taper, je rentre. Un tour au petit coin me permet de faire connaissance avec les pistons qui font avancer le bateau. Enormes, dorés, huilés de près par l’employé fidèle à son poste, ils vont et viennent dans un bruit régulier, et font tourner la roue à aubes qui prend et rejette l’eau du lac. A l’heure de la grande vitesse, rien que cette douce promenade au fil de l’eau calme le corps, l’âme et l’esprit. Tous les résidus de soucis s’envolent, j’oublie même mon nom, mon âge et mon état civil. Je reste un moment à regarder les pistons, à observer les mains expertes du mécanicien qui ne cesse de les bichonner.
Je passe le reste du voyage, à bouquiner. Des petits frissons de la surface du Léman, je me retrouve au milieu des immenses vagues de l’océan Pacifique. D’une pierre, deux coups !
Le son de la sirène me sort de ma lecture. Nous sommes arrivés à Yvoire. Le Pacifique plonge au fond du sac à dos, les lunettes de soleil sur le bout du nez, et me voici d’attaque pour la visite de ce beau village médiéval qui a les pieds dans l’eau et le corps magnifiquement fleuri. Mes pas me mènent au gré des petites ruelles étroites. Les vieilles pierres me racontent leur passé, les fleurs me connectent au présent. Mon estomac, lui, me connecte à ma condition d’humaine pourvue de cinq sens… « Cinq sens », c’est aussi le nom du jardin que j’ai l’intention de visiter après le déjeuner. Je me dirige donc d’abord vers un petit restaurant qui propose des filets de perche du lac que je déguste avec un plaisir non dissimulé. Une bonne heure et demie plus tard, me voici d’attaque pour la visite du Jardin. Hors du temps, les sens en éveil, envahie par une douceur de vivre, je visite, lentement, longuement. Je donne l’ordre à mon cerveau de retenir un maximum d’images visuelles, sonores et olfactives, et de me les resservir à sa guise, dans mes songes nocturnes…
La journée est presque passée, je dois me rendre au port. Le bateau ne tardera pas à passer me reprendre pour me ramener à la maison, de l’autre côté du lac. Le couple de ce matin se trouve aussi sur l’embarcadère. Je m’aventure vers eux et leur demande d’où ils viennent et quelle langue ils parlent. Ils viennent d’Afghanistan, et parlent le farsi. Ils ont, en effet, confié leur fille aux parents de la dame, et s’offrent un voyage en Suisse où ils ont tous les deux fait leurs études quelques années auparavant. Nous passons le temps du voyage du retour à échanger sur la vie d’ici et de là-bas, de parler culture, philosophie, religion, politique… nous voilà à Genève, sur le quai du Mont-Blanc, où, après avoir échangé adresses électroniques et autres numéros de téléphone, nous nous quittons. Je rentre chez moi, heureuse et détendue. Je raconterai tout cela à ma famille demain, Pour l’heure, je plonge dans mon lit, et glisse doucement dans les bras de Morphée. Demain, c’est un autre jour de vacances, je ferai mon programme au saut du lit…
V.A.A.
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