Lorsque le sujet de l’excision est débattu sous nos latitudes, les femmes occidentales, dont je suis, se retranchent souvent derrière un frileux silence. Celui-ci est le plus souvent justifié par le fait que nous ne sommes pas directement concernées ou, car il semble être question avec cette pratique de références culturelles ancestrales, que nous craignons de juger et de condamner.
Dans ces débats, les femmes sont réunies. Mais il y a « celles-ci » et « celles-là » ; séparées par leurs différences, dont l’ampleur jugule le lien de sororité qui pourrait exister entre elles; il y a celles qui ont subi cette pratique et celles pour qui l’excision est un phénomène imperceptible, tant il est éloigné de notre réalité quotidienne.
Parmi ces dernières, certaines avaient même, il y a quelques décennies, centré leurs revendications les plus provocatrices autours du clitoris, le plaçant au pinacle d’une féminité victorieuse et autonome.
Aujourd’hui cependant, le précieux organe paraît de nouveau condamné à un déni si majeur que Rosemonde Pujol, 88 ans, dans son ouvrage "Un petit bout de bonheur" (Ed. Jean-Claude Gawsewitch) ne craint pas de parler « d’excision virtuelle ». Elle nous rappelle notamment à quel point le clitoris est encore absent des manuels d’anatomie et des discours en matière de sexualité féminine. Parmi ses interviewées, nombreuses sont celles qui témoignent en avoir entendu parler pour la première fois dans le cadre du débat sur l’excision...
Dans ces débats, il y a donc en fait « nous toutes », dont la sexualité est universellement soumise à différentes formes de contrôle, dont la capacité de jouissance effraie et questionne la norme hétérosexuelle conditionnée par la domination masculine.
« Nous toutes », victimes de discours misogynes, tour à tour savants ou populaires, s’enracinant profondément dans la peur du pouvoir de reproduction des femmes.
La prise de conscience des points communs de lutte peut-elle aider les femmes occidentales à se solidariser plus clairement des femmes africaines qui se battent pour que les mutilations génitales soient condamnées et abandonnées ?
A l’inverse, sommes-nous prêtes à entendre ce que ces dernières auraient à nous dire à propos des nombreux stéréotypes sexistes que nous subissons chez nous et que nous participons à reproduire dans une totale illusion de liberté? En effet, qu’avons-nous en effet à proposer à nos propres filles en matière de sexualité égalitaire? Notre espace public et nos médias sont de plus en plus envahis par un contenu sexuel implicitement lié à la femme-objet. La construction de la féminité est toujours fortement conditionnée par le devoir de charmer et de séduire, qui fait obstacle aux rapports égalitaires entre les sexes.
En conclusion, entre tradition et modernité, c’est avant tout les véhicules des violences faites aux femmes qui ont changé. Il est donc non seulement inadéquat de considérer que les mutilations génitales féminines, en raison de leur caractère traditionnel, nécessitent une approche relativisant l’atteinte aux droits humains qu’elles représentent, mais il est également faux de penser que nous ne sommes pas du tout concernées par cette pratique.
Fantômette
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