Anna Eynard est née en 1793 à Genève dans une famille aux noms illustres : son père s’appelait Lullin et sa mère était une Pictet, mais la fortune familiale avait bien diminué. En 1810 elle épouse Jean-Gabriel Eynard, membre de la bonne bourgeoisie genevoise et riche de surcroît. Avec Charles Pictet de Rochemont il participa au Congrès de Vienne en 1814 -15.
Ce Congrès était très difficile mais Jean-Gabriel Eynard bénéficia de l’aide de sa femme. En effet celle-ci s’impliqua dans toute une série d’activités – elle organisa un salon de thé chez elle et participa aux différentes rencontres mondaines – ce qui lui permit de faire entendre la voix de Genève et de faciliter les négociations de son époux. Elle poursuivit sa fonction de « facilitatrice » lors du Congrès d’Aix-la-Chapelle.
Les succès qu’elle remportait dans ses salons étaient dus d’une part à ses qualités de maîtresse de maison et d’autre part à ses origines familiales et à son éducation, sans oublier sa beauté et son charme.
Mais Anna avait une autre passion : elle adorait le théâtre. Elle transforma une des pièces de sa maison pour pouvoir y représenter toute une série de pièces de théâtre devant un public ami dont faisait partie Madame de Staël. Elle s’intéressait aussi à l’architecture et suivit attentivement la construction du palais Eynard, sa demeure aux Bastions.
Elle eut également un engagement politique en faveur des Grecs. Avec son mari et Capo d’Istria elle s’engagea pour la cause des Hellènes contre les Turcs. Elle fut aussi attirée par le Réveil, un mouvement protestant qui s’inspirait du méthodisme anglais et du piétisme allemand.
Sa philanthropie et sa spiritualité s’expliquent par sa naissance et les épreuves personnelles qu’elle subit: elle était la dernière d’une famille nombreuse qui avait peu de moyens et comme elle n’était pas la bienvenue elle fut placée dans une famille d’accueil. D’autre part elle connut une maladie grave pendant deux ans et fit plusieurs fausses couches qui l’empêchèrent d’être mère. Elle souffrit aussi du choléra lors de son séjour à Paris en 1832.
Anna Eynard-Lullin était en parfaite adéquation avec son temps et grâce à ses qualités salonnières elle montra la voie aux femmes. Celles-ci continuèrent à fréquenter les cercles privés d’où allaient naître toute une série d’initiatives qui allaient contribuer à leur développement.
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