Sans surprise, on constate que ce sont les garçons qui sont avant tout interpellés par cette campagne avec un message clef : ne buvez pas trop - votre image sur les filles en souffrira!
Certes. Il est statistiquement prouvé que les garçons plus que les filles surconsomment de l’alcool en fin de semaine. Par ailleurs, il est indéniable que la préoccupation pour l’autre sexe occupe une place prédominante dans la vie de nos ados (et pas dans la nôtre ? J’entends déjà Benoîte Groult sonner le tocsin de la colère !). Il reste tout de même surprenant que le message ne s’adresse pas du tout aux filles dont le rôle semble limité à jouer les gardiennes de la sobriété des garçons.
Exit donc, sur nos murs, le spectre de la femme alcoolique.
De cette dernière par contre, le discours médical a dressé un portrait dont Serge Clément et Monique Membrado ("Des alcooliques pas comme les autres?" In Femmes et hommes dans le champ de la santé, éd. ENSP, 2001), rappellent à quel point il s’ancrait dans les préjugés sexistes.
Décrites comme des buveuses solitaires et clandestines, donc dissimulatrices, elles ont été prises en charge d’une manière spécifique sur la base de ces caractéristiques. C’était oublier qu’en consommant de l’alcool à l’intérieur de leur maison, les femmes ne font que rester dans le territoire qui leur est traditionnellement dévolu. De ce point de vue, leur alcoolisme n’a donc rien de particulièrement original : il correspond à toutes les autres activités que mène la ménagère moyenne qui, ne l’oublions pas, vit souvent très seule dans l’intimité de son foyer.
Paradoxalement, du point de vue de la prise en charge, la Suisse fait figure de pionnière, puisque l’OFSP a pris semble-t-il, dès les années nonante, la mesure de l’importance des questions de genre en matière de dépendances. Le site internet qu’il soutient, www.drugsandgender.ch, a pour but de développer les offres de prise en charge qui prennent en compte les différences et les inégalités entre les sexes.
Les interventions en fonction du genre qui y sont promues répondent à trois objectifs : soutenir les processus émancipatoires d’apprentissage et de développement, exiger des structures assurant l’égalité des chances entre femmes et hommes et promouvoir chez les professionnel-les une réflexion sur les préjugés sexistes qu’ils ou elles participent à reproduire.
Difficile de faire mieux... Reste à celles et ceux qui agissent sur le terrain, y compris au sein de l’OFSP, de s’en inspirer... sans crainte d’abuser !
Fantômette
Dans la même rubrique
