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RENCONTRE AVEC DALILA
C'est toujours à nous, handicapé-e-s, d'aider les autres à voir en nous des personnes avant de voir le handicap.
Vous êtes une femme très active, engagée, passionnée, qui semble infatigable. Comment faites-vous ? D'où tirez-vous toute cette énergie ?
Le fait d'être très active m'apporte une réelle satisfaction psychologique, j'ai envie de savoir, de participer, de sentir que je suis une personne, que je peux faire des choses. Les contacts, la communication, les échanges représentent pour moi une richesse illimitée. J'aime prendre part au monde réel, expérimenter les choses par moi-même plutôt que par procuration, j'ai toujours eu un rythme de vie soutenu. Je suis vite démoralisée lorsque je ne fais rien, je me sens inutile, j'ai l'impression de n'être rien. Et puis être active est aussi une façon de prouver
qu 'en tant que femme handicapée, je peux en faire autant que les autres… et pourquoi pas plus ?
Vous avez eu la polio étant enfant et vous devez vous déplacer avec des béquilles. Avez-vous le sentiment que les gens portent un regard particulier sur vous du fait de votre handicap ? Si oui, comment le vivez-vous ?
Oui, les gens me regardent souvent… le physique c'est très important, c'est la première chose que l'on voit d'une personne. C'est normal que les gens se posent des questions mais parfois on dirait que ce sont eux les handicapés… ils ont peur de la différence, je préfèrerais qu'ils me parlent, entrent en contact, me posent des questions. C'est toujours à nous, handicapé-e-s, d'aller vers eux, on doit faire nous-même des efforts pour aider les autres à nous accepter, à voir en nous des personnes avant de voir le handicap. En fait pour qu'ils nous renvoient un reflet positif de nous-même, on doit d'abord leur transmettre une bonne image.
Vous êtes active professionnellement et socialement. En quoi vous sentez-vous limitée par votre handicap ? Quels obstacles rencontrez-vous ? En quoi cela vous apporte-t-il des avantages, s'il en est ?
Les limites viennent en réalité plutôt de l'environnement, de l'entourage. En général, le regard des autres équivaut à : "Elle est handicapée, donc elle ne peut pas et elle a besoin d'aide". La vérité c'est qu'il faut sans cesse se dépasser,et donner une image active et autonome de nous pour faire oublier à l'autre notre handicap. Au lieu de nous voir comme des personnes cherchant à repousser nos limites, on nous voit comme des coquilles qu'il faut toujours protéger, couver, assister… il y a vraiment un manque de communication entre les 2 mondes !
Dans le domaine professionnel par exemple, quand je décroche un entretien, les employeurs ont l'air plutôt enthousiastes au téléphone… et moi je rigole en observant leur air emprunté lorsqu'ils me voient en chair et en os… en général dès les premières minutes je comprend qu'ils ne me rappelleront pas.
Dans le domaine social, c'est difficile… il faut d'abord s'accepter pour pouvoir ensuite aller vers les autres. Le fait d'être une femme rajoute des difficultés. C'est déjà très important pour une femme de se sentir séduisante, on a toutes tendance à se focaliser sur nos "petits défauts", des rides, un petit bouton, un peu d'embonpoint, etc., et bien nous on a tout ça à gérer, à accepter, en plus de notre handicap.
En fait, d'après moi, le vrai handicap c'est de ressentir un déséquilibre entre son corps et son esprit… on est beaucoup mieux lorsqu'on a passé ce cap et qu'on est en accord avec nous-même.
Selon vous, le handicap est-il vécu différemment par les hommes et les femmes ? Si oui, en quoi ?
Oui. D'une façon générale, je pense que les hommes gèrent mieux le handicap. Les femmes sont déjà souvent perçues comme plus faibles, plus fragiles, ayant besoin qu'on les protège… alors les femmes handicapées, vous imaginez… ! En fait le problème qui découle de ça, c'est qu'au lieu de nous montrer comment prendre part activement au monde dans lequel on vit, comment nous assumer, nous débrouiller seules, bien souvent l'entourage lui-même nous donne une place bien précise, croit nous aider en faisant les choses pour nous, avec nous, à notre place…et entretient ainsi notre dépendance aux autres. Je ne pense pas que ce soit la bonne solution ! Pour finir, en agissant ainsi, en nous cantonnant dans certains milieux, certains lieux, certaines activités, on nous enferme dans notre image d'handicapées, on nous paralyse avec notre propre handicap, alors qu'il faudrait plutôt nous former à être les plus autonomes possible.
Qu'aimeriez-vous dire au sujet de la vie de couple et du désir d'enfant ?
Personnellement, je suis mariée avec une personne valide et j'ai une petite fille de 5 ans. J'ai toujours eu ce rêve d'avoir une famille à moi. Dans mon cas je n'ai pas choisi de "tomber" sur un valide ou sur un handicapé, je voulais avant tout quelqu'un qui me convienne, qui me corresponde. Bien sûr, il faut beaucoup s'adapter, échanger, communiquer… le plus important c'est la communication, ça permet de mieux se comprendre, de mieux vivre !
Ma fille, elle comprend plein de choses, par exemple quand elle se promène avec son père et qu'elle est fatiguée, elle lui demande de la porter. Avec moi, quand elle en a marre elle me le dit simplement et on s'arrange, on trouve un endroit pour s'asseoir un moment pour se reposer. Avoir un enfant, c'est laisser des traces après soi, ça c'est commun à tout le monde, mais nous avec la maternité, on prouve deux fois de quoi on est capable !
Je pense aussi qu'il faudrait lever le tabou de la sexualité, de la séduction, de la drague chez les personnes handicapées, en particulier les femmes handicapées. Nous avons des besoins, des envies, affectives et sexuelles comme tout le monde !
Vous voulez changer le regard que l'on porte sur les personnes handicapées dans notre société. Vous avez des projets dans ce sens, pouvez-vous nous en parler ?
L'Association Handi-culture est née d'un besoin de vivre, de créer, d'exprimer ses peines comme ses joies, mais aussi d'entrer dans l'échange et d'évoluer dans l'ensemble de la maison et pas seulement dans une petite pièce cachée
au fond du couloir. Handi-Culture offre un espace de développement personnel dans le respect et le non jugement; les ateliers proposés relèvent du domaine artistique, soit le théâtre, le chant, la musique, et un concours de beauté. En effet, l'année européenne 2003 étant dédiée aux personnes handicapées, Handi-Culture veut marquer l'occasion et organisera un concours de Miss Handi-Culture hors du commun. Stream model Management (Organisation de Miss Suisse Romande) nous a déjà garanti son soutien et Alain Morisod nous a fait l'immense plaisir d'accepter de parrainer notre association. Pour une fois les personnes handicapées seront sur la scène et pas perdues dans le public, elles seront pleinement actives.
Avez-vous un message qui vous tient à cœur et que vous souhaitez transmettre à nos lectrices et lecteurs ?
Encourager les handicapé-e-s à dépasser le stade de leur handicap, qu'ils et elles aient des buts dans la vie.
Propos recueillis par F.M.et C.S.
Le fait d'être très active m'apporte une réelle satisfaction psychologique, j'ai envie de savoir, de participer, de sentir que je suis une personne, que je peux faire des choses. Les contacts, la communication, les échanges représentent pour moi une richesse illimitée. J'aime prendre part au monde réel, expérimenter les choses par moi-même plutôt que par procuration, j'ai toujours eu un rythme de vie soutenu. Je suis vite démoralisée lorsque je ne fais rien, je me sens inutile, j'ai l'impression de n'être rien. Et puis être active est aussi une façon de prouver
qu 'en tant que femme handicapée, je peux en faire autant que les autres… et pourquoi pas plus ?
Vous avez eu la polio étant enfant et vous devez vous déplacer avec des béquilles. Avez-vous le sentiment que les gens portent un regard particulier sur vous du fait de votre handicap ? Si oui, comment le vivez-vous ?
Oui, les gens me regardent souvent… le physique c'est très important, c'est la première chose que l'on voit d'une personne. C'est normal que les gens se posent des questions mais parfois on dirait que ce sont eux les handicapés… ils ont peur de la différence, je préfèrerais qu'ils me parlent, entrent en contact, me posent des questions. C'est toujours à nous, handicapé-e-s, d'aller vers eux, on doit faire nous-même des efforts pour aider les autres à nous accepter, à voir en nous des personnes avant de voir le handicap. En fait pour qu'ils nous renvoient un reflet positif de nous-même, on doit d'abord leur transmettre une bonne image.
Vous êtes active professionnellement et socialement. En quoi vous sentez-vous limitée par votre handicap ? Quels obstacles rencontrez-vous ? En quoi cela vous apporte-t-il des avantages, s'il en est ?
Les limites viennent en réalité plutôt de l'environnement, de l'entourage. En général, le regard des autres équivaut à : "Elle est handicapée, donc elle ne peut pas et elle a besoin d'aide". La vérité c'est qu'il faut sans cesse se dépasser,et donner une image active et autonome de nous pour faire oublier à l'autre notre handicap. Au lieu de nous voir comme des personnes cherchant à repousser nos limites, on nous voit comme des coquilles qu'il faut toujours protéger, couver, assister… il y a vraiment un manque de communication entre les 2 mondes !
Dans le domaine professionnel par exemple, quand je décroche un entretien, les employeurs ont l'air plutôt enthousiastes au téléphone… et moi je rigole en observant leur air emprunté lorsqu'ils me voient en chair et en os… en général dès les premières minutes je comprend qu'ils ne me rappelleront pas.
Dans le domaine social, c'est difficile… il faut d'abord s'accepter pour pouvoir ensuite aller vers les autres. Le fait d'être une femme rajoute des difficultés. C'est déjà très important pour une femme de se sentir séduisante, on a toutes tendance à se focaliser sur nos "petits défauts", des rides, un petit bouton, un peu d'embonpoint, etc., et bien nous on a tout ça à gérer, à accepter, en plus de notre handicap.
En fait, d'après moi, le vrai handicap c'est de ressentir un déséquilibre entre son corps et son esprit… on est beaucoup mieux lorsqu'on a passé ce cap et qu'on est en accord avec nous-même.
Selon vous, le handicap est-il vécu différemment par les hommes et les femmes ? Si oui, en quoi ?
Oui. D'une façon générale, je pense que les hommes gèrent mieux le handicap. Les femmes sont déjà souvent perçues comme plus faibles, plus fragiles, ayant besoin qu'on les protège… alors les femmes handicapées, vous imaginez… ! En fait le problème qui découle de ça, c'est qu'au lieu de nous montrer comment prendre part activement au monde dans lequel on vit, comment nous assumer, nous débrouiller seules, bien souvent l'entourage lui-même nous donne une place bien précise, croit nous aider en faisant les choses pour nous, avec nous, à notre place…et entretient ainsi notre dépendance aux autres. Je ne pense pas que ce soit la bonne solution ! Pour finir, en agissant ainsi, en nous cantonnant dans certains milieux, certains lieux, certaines activités, on nous enferme dans notre image d'handicapées, on nous paralyse avec notre propre handicap, alors qu'il faudrait plutôt nous former à être les plus autonomes possible.
Qu'aimeriez-vous dire au sujet de la vie de couple et du désir d'enfant ?
Personnellement, je suis mariée avec une personne valide et j'ai une petite fille de 5 ans. J'ai toujours eu ce rêve d'avoir une famille à moi. Dans mon cas je n'ai pas choisi de "tomber" sur un valide ou sur un handicapé, je voulais avant tout quelqu'un qui me convienne, qui me corresponde. Bien sûr, il faut beaucoup s'adapter, échanger, communiquer… le plus important c'est la communication, ça permet de mieux se comprendre, de mieux vivre !
Ma fille, elle comprend plein de choses, par exemple quand elle se promène avec son père et qu'elle est fatiguée, elle lui demande de la porter. Avec moi, quand elle en a marre elle me le dit simplement et on s'arrange, on trouve un endroit pour s'asseoir un moment pour se reposer. Avoir un enfant, c'est laisser des traces après soi, ça c'est commun à tout le monde, mais nous avec la maternité, on prouve deux fois de quoi on est capable !
Je pense aussi qu'il faudrait lever le tabou de la sexualité, de la séduction, de la drague chez les personnes handicapées, en particulier les femmes handicapées. Nous avons des besoins, des envies, affectives et sexuelles comme tout le monde !
Vous voulez changer le regard que l'on porte sur les personnes handicapées dans notre société. Vous avez des projets dans ce sens, pouvez-vous nous en parler ?
L'Association Handi-culture est née d'un besoin de vivre, de créer, d'exprimer ses peines comme ses joies, mais aussi d'entrer dans l'échange et d'évoluer dans l'ensemble de la maison et pas seulement dans une petite pièce cachée
au fond du couloir. Handi-Culture offre un espace de développement personnel dans le respect et le non jugement; les ateliers proposés relèvent du domaine artistique, soit le théâtre, le chant, la musique, et un concours de beauté. En effet, l'année européenne 2003 étant dédiée aux personnes handicapées, Handi-Culture veut marquer l'occasion et organisera un concours de Miss Handi-Culture hors du commun. Stream model Management (Organisation de Miss Suisse Romande) nous a déjà garanti son soutien et Alain Morisod nous a fait l'immense plaisir d'accepter de parrainer notre association. Pour une fois les personnes handicapées seront sur la scène et pas perdues dans le public, elles seront pleinement actives.
Avez-vous un message qui vous tient à cœur et que vous souhaitez transmettre à nos lectrices et lecteurs ?
Encourager les handicapé-e-s à dépasser le stade de leur handicap, qu'ils et elles aient des buts dans la vie.
Propos recueillis par F.M.et C.S.
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