C’est surtout la solitude et la fatigue. Le manque d’une présence maternelle autour d’elle ou pour elle se fait cruellement sentir, notamment lorsque l’enfant pleure souvent.
Quelles pressions extérieures subit-elle ?
Les pressions peuvent venir des membres de la famille et des copines qui, tous et toutes, demandent à la mère de faire son travail de mère et d’être heureuse ! Ces pressions se manifestent de diverses manières: soupçons sur la qualité du lait maternel si le bébé pleure souvent, impatience à l’égard de la fatigue et de l’humeur labile de la nouvelle mère.
Les conseils lus ou reçus sont souvent contradictoires... comment s’y retrouver ?
Les contradictions exprimées autour de la prise en charge d’un nouveau-né, toujours mystérieux dans les premières semaines, sont une cause de difficultés pour la mère. Dès qu’elle peut trouver une personne de référence, une seule (c’est souvent la sage-femme à domicile d’abord, le pédiatre par la suite), elle supporte mieux les conseils contradictoires.
Isolement, épuisement, baisse d’estime de soi... Quels conseils pratiques pour vivre au mieux cette période délicate ?
Le repos, les combines pour réussir à se reposer. Il s’agit de mobiliser famille et amies en leur demandant de l’aide pour les repas, la lessive, la garde d’un autre ou des autres enfants s’il y en a.
L’enfant paraît, le couple disparaît... est-ce une réalité ?
Dans les premières semaines et jusqu’à 3 mois, il est indéniable que celui qui prend toute la place dans le bateau, c’est le bébé. Inutile de courir après d’autres plaisirs que celui de contempler son enfant ! Par la suite, en général, le couple se retrouve petit à petit et la vie avec l’enfant est une raison de plus de s’aimer et de s’apprécier.
Les nouveaux pères arrivent-ils à trouver leur place ? Leur rôle soulage-t-il davantage les mères ?
Les «nouveaux pères» peuvent arriver à trouver leur place. Mais cette place est parfois pénible. Ceux qui la désirent vraiment sont-ils nombreux ? Un père présent pour se lever la nuit, bercer le bébé quand il pleure, agir de manière autonome sans solliciter la mère à tout instant, c’est un rôle fatigant pour lui, mais c’est aussi un rôle valorisant. Et quand ce rôle est occupé par le père, évidemment, il représente un immense soulagement pour la mère. Il est aussi une prévention majeure contre la dépression.
Le poids de la responsabilité n’est-il pas plus lourd pour les mères ? Est-ce dû à la pression extérieure, ou à un manque de distance par rapport à l’enfant, à la difficulté à déléguer (manque de confiance, syndrome de toute-puissance...) ?
La responsabilité de l’enfant est souvent plus lourde pour les mères que pour les pères. Mais elle peut parfaitement être partagée si le père le désire. Cette responsabilité n’est pas un état d’âme, mais c’est plutôt le résultat du temps passé avec l’enfant. De fait, les mères passent en général plus de temps, bien plus de temps avec leur bébé que les pères. Et c’est vrai aussi qu’elles ont tendance à se poser comme les spécialistes... de leur propre bébé !
La valeur du sacrifice de la mère pour son enfant est-elle toujours d’actualité ? Sous quelle(s) forme(s) ?
Le «sacrifice» de la mère pour son enfant, ou plutôt: son amour inconditionnel est tout à fait d’actualité. L’enfant a besoin et aura besoin d’une personne motivée pour le représenter, voire pour le défendre dans la société, que ce soit à l’hôpital, à l’école ou dans d’autres situations encore.
Mais n’y a-t-il pas un risque pour la mère de s’oublier, de perdre de vue ses propres intérêts de femme ?
Bien sûr que le risque existe et, même, on peut dire sans crainte de se tromper que les propres intérêts de la mère passent souvent en second lieu ! Parfois, cela advient sans souffrance majeure, car l’enfant est une gratification continuelle et immense. D’autres fois, il y a souffrance, frustration, regret.
Quels conseils donneriez-vous à une femme lorsqu’elle ressent un sentiment de rejet pour son bébé ?
Avant de donner des conseils, il faudrait d’abord comprendre s’il s’agit de rejet et d’où vient ce sentiment. Dans ce genre de situations, une simple recette n’aurait aucun effet.
9 mois pour faire un enfant, 9 mois pour s’en défaire... Comment les femmes vivent-elles les modifications du corps et quelles sont les attentes et les images de la femme qui y sont socialement liées ?
Entre l’idée de l’accouchement dévastateur pour le corps et celle du corps qui ressort indemne de l'accouchement, il y a tout l’espace pour s’adapter au corps tel qu’il est. A travers l’expérience physique de la naissance, les femmes peuvent perdre du sang, de la fermeté, de la minceur, par exemple; et gagner de la force, de la confiance, du plaisir. Malheureusement, elles sont souvent peu averties de cette redécouverte d’elles-mêmes pendant le post-partum et les surprises rencontrées, bonnes et moins bonnes, peuvent être déstabilisantes.
Comment reconnait-on la dépression post-partum au niveau physique et psychologique ? Et comment y faire face ?
Fatigue majeure et désintérêt pour soi-même et le bébé sont des signes de dépression, qui peuvent être suivis par les pleurs incessants, les crises d’angoisse, le refus de sortir, etc. Dans un premier temps, la sage-femme écoute et essaie de comprendre ce que la mère veut bien dire. Ensuite, au cours de ses visites, elle la cocole et tente de rendre ces rencontres agréables pour elle. Elle attend quelques jours ou même quelques semaines, puis elle envisage avec la femme un soutien psychologique par un-e professionnel-le.
Simone de Beauvoir évoque souvent le fait que la maternité aliène la femme (socialement). Est-ce toujours d’actualité pour vous ?
La maternité pourrait toujours aliéner la femme. Mais actuellement, le problème, c’est plutôt que la femme ne se laisse pas vivre tranquillement sa maternité. Les quarante jours de répit que s’accordent les femmes dans le monde entier sauf dans les régions hyper développées, comme chez nous, cette quarantaine est passée dans l’oubli. Et quand on en parle, on doit toujours rappeler que c’est une notion dépassée, mais qu’elle avait peut-être du bon.
Peut-on être mère et libre à la fois ? Et comment ?
Bien sûr. Tout comme on peut ne pas avoir d’enfant et ne pas être libre. Si les femmes prennent le temps de penser à ce qu’elles veulent pour elles-mêmes et leur entourage, tout est possible !
Merci beaucoup !
IB + BC
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