Alors que des flous persistent parfois lorsqu’il s’agit de distinguer les sectes des religions, un point commun les rassemble sans aucun doute: la rareté des femmes qui les fondent et les dirigent.
En lien direct avec le statut social des femmes, les grandes religions ont refusé à ces dernières la possibilité d’occuper une place à égalité avec les hommes, à qui elles ont réservé l’exclusivité des rôles de prédicateurs et de guides spirituels.
Quant aux mouvements sectaires où une personne détient le pouvoir absolu, ceux-ci se fondent le plus souvent sur des valeurs associées au genre masculin comme l’autoritarisme. Il n’est donc guère surprenant qu’ils soient détenus avant tout par des hommes.
Or, le cas des guides spirituel-le-s de l’hindouisme fait exception à ce qui précède. Cette religion accorde une place primordiale à la sagesse expérimentale vécue dans l’entourage d’un-e «guru». Etymologiquement celle ou celui qui «écarte les ténèbres», son enseignement amène les disciples à atteindre la liberté absolue.
Symboliquement, c’est la mère qui est la première «guru» de son enfant, en le faisant passer, lors de sa naissance, de l’obscurité à la lumière. Probablement également favorisées par l’existence des déesses du panthéon hindou, de nombreuses femmes «gurus» guident, en Inde, celles et ceux qui ont été attiré-e-s par leur sagesse. Particularité propre à leur sexe, elles s’engagent aussi très souvent dans des actions sociales destinées aux plus démuni-e-s.
Parmi les guides spirituel-le-s contemporain-e-s, deux femmes jouissent d’une popularité mondiale: Mâ Ânandamayî (1896-1982) et Amma (1953-). Quoique bien différentes dans leurs parcours et leurs enseignements, toutes deux incarnent des figures très maternelles, ce qui a sans nul doute contribué à leur succès dans un Occident chrétien fortement marqué par la figure de Marie.
En voici les portraits, lumineux et sources d’inspiration. Tous deux sont tirés du livre «Les maîtres spirituels de l’hindouisme» A. Astier, éd. Eyrolles, 2008
«Essayez d’être attentif à ce qui vous donne une vraie joie; elle vous rapprochera de Dieu.»
Mâ Ânandamayî («imprégnée par la joie») est née en 1896 dans une famille de brahmanes pauvres. Elle fait rapidement l’expérience d’extases mystiques. Mariée à 13 ans à un homme qui la considère très vite comme sa «guru», elle vit avec lui dans un extrême renoncement et une ascèse totale qui la rendent célèbre et lui amènent ses premiers disciples. Voyageant ensuite à travers l’Inde, elle y fondera une trentaine d’âshram. Pour elle, la voie spirituelle consiste à se mettre au service des autres. Elle frappe par «sa douceur maternelle et son immense amour», de même que par sa force. Elle est encore aujourd’hui la figure spirituelle indienne au féminin la plus connue.
«Le but des pratiques spirituelles est de développer un cœur débordant d’amour envers tous les êtres.»
Mâ Amritananda Moyi («la mère de béatitude immortelle») ou Amma («mère») est la plus jeune des mystiques contemporaines. Née en 1953 dans une famille de pêcheurs du Kerala, elle manifeste dès l’âge de 5 ans une dévotion exceptionnelle pour Krishna, auquel elle s’identifie et à qui elle ne cesse de chanter son amour. Ses proches la persécutent puis la rejettent. Elle vit alors plusieurs années seule et démunie, en proie à des visions et pratiquant intensément sa spiritualité. Dans cette suite, enfin acceptée par sa famille, elle commence à guider ses premiers disciples et construit son âshram principal, dans lequel vivent aujourd’hui plus de 13’000 personnes. Son enseignement est basé exclusivement sur l’amour. Elle serre tendrement dans ses bras les gens qui se présentent à elle (en 30 ans, elle aurait étreint plus de 30 millions de personnes !) et transmet par ce biais la puissance divine de la Mère. Elle a fondé de nombreuses œuvres caritatives pour les pauvres et les indigent-e-s et pour la protection de la nature.
Fantômette
Pour plus d’informations, voir http://anandamayi.org et www.amma-europe.org
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