Depuis une vingtaine d’années, les femmes ont fait une entrée remarquée dans le monde de l’économie néolibérale. A la tête d’importantes entreprises multinationales, elles sont de plus en plus reconnues pour leurs compétences tant techniques que managériales. Aujourd’hui, elles surfent même sur la vague de la «gestion de la diversité», qui tend à montrer que «les comportements de leadership plus souvent observés chez les femmes managers améliorent la performance organisationnelle des entreprises» (Women Matters, le leadership au féminin un atout pour la performance de demain, McKinsey&Company, 2008). Dotées de qualités fortes pour coopérer et négocier, les femmes sont désormais envisagées comme les actrices privilégiées de l’économie mondialisée, où la gestion de la complexité prime sur les stratégies binaires et offensives d’antan.
Certes.
Ce discours est cependant en décalage total avec le fonctionnement réel de l’économie libérale, qui relègue encore les femmes à la marge : celles-ci ne sont présentes que de façon très modeste dans les lieux de pouvoir décisionnel (elles représentent en Europe seulement 11% des membres des instances dirigeantes des entreprises cotées en bourse), et ceci sans rapport avec les taux de diplômées des universités (50%-60%, en Europe occidentale). De plus, lorsque les femmes incarnent de façon visible et assumée les aptitudes désormais attribuées à leur sexe (selon l’étude de McKinsey&Company : le leadership, la vision, les valeurs, la responsabilité, la motivation, l’innovation et l’ouverture sur l’extérieur), c’est avant tout dans les secteurs parallèles des entreprises sociales et du développement durable qu’elles les exercent.
Après avoir subi de plein fouet l’inconciliable paradoxe existant entre leur double charge, professionnelle et familiale, et le modèle de performance économique imposant une disponibilité constante doublée d’une mobilité sans limite géographique («anytime, anywhere»), les femmes portent le fardeau d’un défi inédit : non seulement elles doivent assurer aux entreprises une compétitivité améliorée, mais elles sont également supposées répondre aux attentes des politiques publiques natalistes des gouvernements de l’OCDE, tout écoutant les messages indirects que ces derniers leur adressent, lorsqu’ils prient les familles de s’en retourner au chevet de leurs aîné-e-s, dont le vieillissement creuse le futur déficit des caisses publiques…
Entre les discours hégémoniques d’hier et ceux, multidimensionnels et hypercomplexes, d’aujourd’hui, on ne saurait donc évaluer précisément quels seront les gains réels pour les manageuses de demain (selon le dicton, «l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt» ; il pourrait être relevé que la qualité essentielle de la Femina oeconomica de 2010 sera probablement avant tout d’être matinale !)
De véritables perspectives féministes existent cependant. Pour preuve, l’International Association for Feminist Economics (IAFFE) qui publie la revue internationale Feminist Economics, questionne depuis 15 ans les enjeux du pouvoir économique à l’aune des rapports sociaux de sexe et permet à des femmes souvent pionnières dans leurs domaines de partager les fruits de leurs réflexions et de leurs recherches. Force est de constater que ces discours là ne sont malheureusement encore pas suffisamment portés ni porteurs auprès des décideurs économiques qui occultent un paradigme essentiel du féminisme; celui du bien être et des valeurs sociales.
Fantômette
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