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QUESTIONS A MARINA DECARRO, une des organisatrices de la troisième action internationale de la Marche Mondiale des Femmes à Genève

Il y a 10 ans, en 2000, avait lieu la première marche mondiale des femmes. Comment l’idée de ce mouvement est-elle née ?

L’idée de la Marche mondiale des femmes vient du Québec. En 1995, une marche contre la pauvreté impulsée par la Fédération des femmes du Québec, avait connu un énorme retentissement. Fortes de cette expérience, les féministes québécoises ont lancé la même année dans le Forum mondial des femmes de Pékin, la proposition d’organiser une Marche mondiale des femmes en l’an 2000.
En octobre 1998, 140 femmes venues de 65 pays se sont réunies pour élaborer une analyse commune de la situation des femmes et définir une plateforme revendicative. Plusieurs rencontres internationales ont eu lieu par la suite pour préparer et organiser les actions

.
Quelles étaient les revendications de cette première marche ?
Le cahier de revendications «Contre la pauvreté et pour le partage de la richesse. Contre la violence faite aux femmes et pour le respect de leur intégrité physique» énumère 6 revendications pour la lutte contre la pauvreté et 11 qui concernent la lutte contre la violence.


Voici quelques exemples des revendications :
- la fin des programmes d’ajustement structurel et la fin des compressions et coupures dans les budgets sociaux et les services publics (P-2)
- l’annulation de la dette des pays du tiers monde (P-3),
- la répression de la traite des êtres humains (V-6)
- des politiques de désarmement dans tous les pays, pour les armes classiques, nucléaires ou biologiques     (V-8)
- le droit d’asile pour les femmes victimes de persécutions sexistes ou de violences sexuelles ou pour les personnes persécutées en raison de leur orientation sexuelle (V-9).


La plateforme date de 2000 mais nous sommes forcées de constater qu’elle est plus que jamais d’actualité. A Genève, que s’est-il passé ?
L’existence du projet de Marche est parvenue à Genève en 1999 et a suscité beaucoup d’enthousiasme. Nous nous sommes reconnues dans l’analyse qui établissait le lien entre le système capitaliste et le système patriarcal.
Des initiatives ont été prises pour créer des coordinations locales et une coordination nationale. A Genève, l’association «Marche mondiale des femmes – Genève marche» a été constituée pour organiser les activités en 2000. Nous avons pu compter avec le soutien politique et économique de Madame Micheline Calmy-Rey, alors Conseillère d’Etat. De plus, nous avons bénéficié de l’aide de Lorraine Gay, une féministe québécoise qui avait participé au lancement de la marche à Montréal et séjournait à Genève à cette époque.
Le lancement européen a eu lieu le 8 mars 2000 et a représenté un événement important avec un meeting au Centre international de Conférences le matin et une manifestation de rue d’importance exceptionnelle formée à 90% de femmes.


Comment ce mouvement a-t-il évolué ? Et où en est-on aujourd’hui ?

La situation diffère selon les régions. A l’issue du mouvement de 2000, dans la plupart des régions les déléguées ont exprimé le souhait que le mouvement continue, valorisant les actions menées et tout particulièrement le réseau international qui s’était constitué. Depuis 2000, certaines des coordinations ont disparu et d’autres se sont constituées.
En Suisse malgré la chute de tension inévitable après les actions de 2000, plusieurs groupes en Suisse romande et alémanique se réclament de la Marche et continuent à participer à la coordination nationale qui s’est maintenue. La Marche n’est pas une organisation permanente mais un mouvement lié aux actions. Sa force vient du lien de solidarité entre les femmes de toutes les régions du monde.


Ce mouvement social et d’éducation populaire a-t-il débouché sur des avancées concrètes en faveur des femmes dans le monde ? En Suisse ?
Un exemple me vient à l’esprit qui porte sur la lutte pour le droit à l’avortement. Je suis convaincue que les campagnes que la Marche a menées ont aidé les femmes portugaises dans leur lutte si difficile pour le droit à l’avortement. Un autre exemple : nous avons demandé et obtenu à Genève que la pilule du lendemain soit délivrée au planning familial.
Lorsqu’il y a un succès dans une lutte, elle n’est pas le résultat d’un seul mouvement mais d’un ensemble de luttes, souvent très anciennes. La Marche y contribue et surtout elle permet l’échange, le débat et la solidarité entre les femmes de toutes les régions du monde. Nous prenons conscience des problèmes des paysannes africaines et elles entendent les nôtres.

Et nous constatons ceux que nous avons en commun. Lorsqu’il est question de la paix et du désarmement dans la région des Grands Lacs, nous sommes interpellées par la fabrication ou le commerce des armes qui se déroulent en Europe.

Quels moments forts retiens-tu de ces actions à Genève ?
Le rassemblement avant la manifestation de mars 2000 à la place des Nations a été un moment extraordinaire car il y avait des groupes de plusieurs régions de Suisse et d’autres pays européens.
Tous les mouvements de femmes étaient présents avec leurs slogans et leurs revendications. Ce fut un grand moment d’expression des luttes des femmes.
Mais en 2010 nous ne sommes plus dans la même dynamique, la crise se développe dans le monde entier et augmente les situations de précarité et de pauvreté, les tensions et la violence, y compris dans un pays aussi riche et paisible que la Suisse. La lutte pour les droits des femmes ne fait plus du tout recette. A mon sens nous sommes dans une phase de régression sur le plan économique et social et plus que jamais les féministes ont la responsabilité de veiller et résister.


Parmi d’autres actions, la Marche va s’impliquer dans le mouvement visant à combattre le prolongement des horaires des magasins qui péjorerait la vie des employées.


En outre, le 17 avril en collaboration avec Uniterre, nous parlerons de la production des aliments et de l’importance pour nos vies d’une agriculture de proximité et de qualité.
Et sans doute nous aurons à combattre la récente initiative visant le droit à l’IVG.


Marina Decarro


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