Noëlle Roger, de son vrai nom Hélène Dufour, est née à Genève en 1874 dans une famille protestante aisée et intellectuelle (son père, directeur de la Bibliothèque publique universitaire, fut l’un des éditeurs de la correspondance de J.-J Rousseau). Son changement de nom était destiné à lui assurer son indépendance. Elle se forma en tant qu’infirmière à Londres et découvrit par la même occasion les quartiers miséreux de la capitale, ce qui lui permit d’acquérir une conscience sociale. Elle s’intéressa particulièrement aux femmes exploitées.
Elle épousa Eugène Pittard, professeur d’anthropologie et fondateur du Musée d’ethnographie, qui lui ouvrit un monde de culture, de sciences et de voyages. Ses premiers livres évoquent son expérience à Londres. En 1902 paru Le sculpteur de Christs, un recueil de nouvelles traitant des injustices sociales, de l’alcoolisme, de la prostitution dans les bas-fonds de la capitale anglaise, puis en 1904 paru Docteur Germaine qui la rendit célèbre. L’héroïne est une doctoresse aux idéaux humanistes et humanitaires qui divorce après un mariage d’amour, n’ayant pas trouvé dans son mari une âme sœur. Elle y dénonce par ailleurs le christianisme et ébauche une analyse des causes de la misère. Ses livres suivants seront de la même veine.
Durant la guerre de 14-18, elle exerça son métier d’infirmière en s’engageant auprès de la Croix-Rouge. Elle en tirera un témoignage, Carnets d’une infirmière. Le carnet d’un témoin, qui suivra, relate en plusieurs fascicules les convois des blessés et des évacués à travers la Suisse. Elle connut un grand succès.
Dans la même période, elle écrivit deux romans sur l’amour maternel, Le feu sur la montagne (Journal d’une mère) et Le choix d’Andromaque mais elle ne dépasse guère le pathos. La guerre finie, elle changea de direction et se lança dans la littérature d’anticipation. Il en résulta des récits souvent pessimistes et critiques envers la société. Dans Le Nouvel Adam (1924) des scientifiques cherchent à inventer l’homme nouveau. Dans Le nouveau Lazare (1935) elle évoque le thème de l’émancipation et de la délivrance de l’humanité. Dans d’autres livres, elle évoque la préhistoire, prélude à un nouveau départ pour une société. L’occultisme fera aussi partie de ses thèmes.
Elle entreprit un voyage en Turquie à l’époque d’Atatürk et en tirera un récit, En Asie mineure (La Turquie de Ghazi) paru en 1930. Elle s’intéressa à Germaine de Staël et Benjamin Constant dans Les Amours de Corinne (1931), et à J-J. Rousseau dans Jean-Jacques, le promeneur solitaire (1933). Elle mena sa carrière littéraire tambour battant et publia tous ses romans en France. A son époque Noëlle Roger était très populaire mais elle est aujourd’hui tombée dans l’oubli. L’analyse de son œuvre reste à faire.
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