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HEURS ET MALHEURS DU COUPLE
Nous avons rencontré Sylvie MONNIER, thérapeute de couple et médiatrice familiale, enseignante à l'Institut d'Etudes Sociales de Genève. Nous lui avons demandé de nous transmettre son expérience de terrain sur son travail de thérapeute ainsi que sur les heurs et malheurs du couple aujourd'hui.
Résumé d'entretien :

Qui vient en thérapie de couple, quels sont les rôles des hommes et des femmes en thérapie ?

Les couples consultent lors de tensions importantes et répétées, liées à de l'insatisfaction, de l'agressivité, un manque de désir et d'engagement dans le couple.
Le plus souvent ce sont les femmes qui initient la thérapie. Elles ont plus d'attentes émotives et relationnelles, un besoin d'intensité dans la dynamique amoureuse, un besoin d'intimité, de
complicité.
Les hommes, souvent, privilégient la dimension d'appartenance; appartenance au couple ou à la famille. Ils mettent la barre moins haut sur le plan relationnel. Leur frustration la plus souvent exprimée en thérapie se situe au niveau de la sexualité. Sylvie Monnier constate que les hommes, souvent professionnellement très occupés, tardent à voir les signaux d'alarme de la femme et ne
viennent en thérapie qu'en dernier recours, quand elle demande le divorce. D'une manière générale, les attentes sur le couple sont grandes, trop grandes, ce qui fait dire à un sexologue bien connu, Tordjmann : "Le couple est un radeau sur lequel on veut faire passer des camions."

Dans quelle mesure, le recours à la thérapie permet au couple de repartir d'un meilleur pied ?

Le simple fait de parler des tensions, d'être d'accord de se déplacer, montre à l'autre qu'on accorde du prix au couple et apporte en soi un soulagement. Dans son expérience sur le terrain, Sylvie Monnier constate que deux tiers des thérapies aboutissent à une amélioration, un tiers débouche soit sur une séparation, soit sur un arrêt de thérapie. Les thérapies durent de 4 mois à un an et demi. Dans tous les cas de crise, mieux vaut consulter suffisamment tôt sur une courte durée.

Quels problèmes sont le plus souvent évoqués ?
Un motif de consultation des couples en augmentation est lié à la recomposition familiale avec des tensions spécifiques qui rejaillissent sur le couple. Un autre motif est une relation extra conjugale,
du mari le plus souvent. Mais c'est la difficulté de gérer le stress qui vient en tête des difficultés
de couple et qui constitue une des premières causes de divorce. Une caractéristique du couple contemporain est qu'hommes et femmes sont surchargés et comptent sur l'autre pour gérer cette surcharge. "L'autre doit être l'amortisseur des tensions de la vie quotidienne". Dans le modèle du couple "démocratique" la répartition équitable des tâches oblige à une négociation permanente qui peut constituer une surcharge qui se rajoute au stress.
Tout cela dans un contexte médiatique qui nous montre un modèle où il faut être performant professionnellement, socialement et sexuellement, attirant-e physiquement, avoir des enfants, se
réaliser individuellement et en couple. Notre société véhicule une pression immense sur le couple.
L'idéal de l'épanouissement de soi dans le couple est un mythe et est épuisant !

Le travail de thérapie va consister à apprendre à composer avec la réalité, à survivre à la désillusion qui suit la lune de miel : "L'autre n'est pas le complément qui va me permettre de vivre le nirvana permanent". La thérapie de couple, c'est aussi apprendre à entendre les besoins de l'autre, à gérer son propre stress et ne pas utiliser l'autre comme "poubelle émotionnelle". Le but est d'aménager une vie réelle dans un contexte où on nous fait croire que tout doit être génial, excitant, baigné dans le bonheur permanent."On attend beaucoup du couple, on le soigne peu" nous dit Sylvie Monnier.

Mais comment prendre soin du couple ?

En se réservant des espaces de loisirs, du temps pour le plaisir, en se communiquant des "bonnes choses" plutôt qu'en surchargeant l'autre. En évitant l'engluement dans le quotidien, en réservant une place au couple au sein de la famille. "Le couple ne doit pas devenir seulement le ministère des affaires familiales !" En cultivant un certain degré de différenciation et de distance qui permet de regarder l'autre avec surprise et admiration. En sachant composer et en acceptant que le couple nécessite beaucoup d'ajustements et de compromis. En évitant enfin des comptabilités permanentes concernant la répartition des tâches.

Qu'est-ce qui fait qu'un couple dure ?

Il y a d'abord la croyance que l'on accorde à la valeur-durée du couple. Les couples qui durent sont ceux qui ont la volonté de durer. Pourtant actuellement, on se marie de moins en moins avec l'idée que c'est pour la vie. La valeur recherchée de satisfaction immédiate et permanente inscrit le couple dans une précarité. Cela conduit à une manière de gérer les tensions qui fait qu'à la moindre difficulté, le spectre du divorce est agité. Une volonté de durée et la capacité de gérer les conflits sont de bons indices de durée.
Accepter aussi que les difficultés et les tensions sont inévitables dans un couple, se donner les moyens de surmonter les crises, de cheminer avec les tensions. "Penser le couple comme une entreprise intéressante mais éprouvante est le meilleur indicateur de durée."

S'adapter, se transformer, se réajuster aux expériences et évolutions de l'autre. Un couple ne peut pas durer 30 ans avec le même contrat de départ. Les crises apparaissent souvent aux étapes développementales de la vie (entrée des enfants à l'école, reprise d'une activité professionnelle de la femme, adolescence des enfants, mi-temps de la vie, retraite...). Le couple doit être retravaillé au fil du temps. Si nécessaire, en cherchant de l'aide à temps.
Enfin, ne pas tout attendre de l'autre. On engage dans le couple toutes nos failles personnelles
et c'est un mythe d'espérer que le couple constituera un "programme de guérison". "L'autre n'est pas un sparadrap à nos fêlures existentielles !"
Ces facteurs de durabilité d'un couple sont valables quel que soit le type de couple. En d'autres termes, le fait d'appartenir à un type de couple n'est pas en soi un facteur de durabilité. C'est plutôt au moment de la séparation que la typologie joue un rôle pour Sylvie Monnier.
Un couple de type associatif, qui est habitué à négocier, gèrera mieux un divorce qu'un couple du type bastion qui a toujours été dans la fusion.

Et que dire encore ?

Sylvie Monnier pense que l'on pourrait faire plus de prévention avant le mariage. Actuellement, seules les églises le font. Une préparation à la vie de couple à travers des séances d'information
ou d'échange serait vraiment utile. La prévention pourrait se faire autour des questions de l'inévitable désillusion, des conflits et tensions inhérents à tout couple, de la gestion du stress et de l'utilité de recourir à de l'aide extérieure.

Propos recueillis par Sophie de Weck

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