Force est de constater que les femmes ne se bousculent pas aux portillons des partis, puisque la proportion d’élues se situe aux alentours de 30% (34% d’élues au niveau municipal en 2007, 28% au niveau cantonal en 2009, à Genève - OCSTAT). Si les quotas de listes utilisés par les partis de gauche genevois ont permis d’augmenter ces moyennes, ces dernières stagnent et restent même terriblement faibles dans les partis de droite.
Que révèlent ces chiffres ? Les femmes sont-elles allergiques à l’engagement politique ? Un gène est-il nécessaire, qui se cacherait sur le chromosome Y de nos concitoyens ?
De nombreuses enquêtes, menées à Genève et ailleurs, infirment ces deux hypothèses : comme pour la carrière professionnelle, il s’agit avant tout d’obstacles sociaux et culturels qui restreignent les femmes dans leur capacité et leur motivation à se lancer en politique.
Selon les élues genevoises ayant répondu à l’enquête menée par F-Information en 2004, les obstacles à l’engagement sont avant tout liés à la surcharge qu’entraîne la gestion simultanée d’activités politiques, professionnelles et familiales. De façon moins fréquente, elles citent le manque de soutien du couple ou de la famille ainsi que les problèmes causés par leur immersion dans un monde d’hommes (Femmes&Politique, SPPE, 2005).
Ces derniers sont par contre majoritairement invoqués par les femmes interrogées dans la rue, pour qui les freins à l’engagement résident avant tout dans la peur de l’échec, la crainte d’être minorisée, le manque de confiance en soi et de crédibilité.
La sphère politique reste un monde d’hommes. Cette réalité sociale implicite pousse les répondantes à catégoriser les sexes : les femmes seraient selon elles moins attirées, voir pas intéressées, par le pouvoir.
Cet argument est en lien direct avec les rôles différents qui sont attribués traditionnellement à chaque sexe : aux hommes, l’engagement public; aux femmes, les activités interpersonnelles pour la famille ou le voisinage. Lorsque les femmes s’engagent, elles le font avant tout dans la vie associative, dont les règles informelles leur conviennent mieux, déclarent-elles.
Au cœur de ces témoignages, se lit non seulement la difficulté de contrer les mentalités, alors que celles-ci divisent encore soigneusement les compétences reconnues aux hommes et aux femmes, mais aussi celle d’enfreindre les codes qui organisent encore si fortement leurs territoires sociaux respectifs.
Or, la reconnaissance par les femmes elles mêmes de leurs caractéristiques communes est rendue ardue par deux types de concurrence : d’une part, les divergences partisanes, qui opposent les femmes entre elles, et d’autre part l’intérêt personnel qui est en jeu lors d’une élection et qui limite la faculté de soutien à ses camarades (surtout au sein de son propre parti).
Osons en effet briser un autre tabou féminin : dans l’arène politique, la mise en valeur de soi et la concurrence interpersonnelle sont la règle pour progresser. De ce point de vue, les femmes peinent à s’affranchir du dictat de modestie qui a longtemps conditionné leur socialisation et elles se montrent souvent terriblement dures à l’égard de celles qui se mettent trop en avant.
Cependant, comme l’a dit Edith Cresson : «La politique, c’est convaincre. Convaincre, c’est séduire (…)».
Alors, en sus de la mise en place de mesures de soutien organisationnel, devrait-on aider les femmes à identifier le plaisir d’exercer une autre forme de séduction, basée sur les compétences et les valeurs, sur le désir d’être utile plutôt que d’être aimée ? Pour que les hommes soutiennent activement le souhait de leur partenaire à s’engager en politique, devrait-on aussi dialoguer avec les hommes sur ces enjeux d’identités ?
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