La psychologie sociale l’a démontré : les femmes ont en général une perception nettement moins positive que les hommes de leurs probabilités de succès.
Selon certains auteurs, cette aptitude féminine à l’auto-défaite a pour cause la crainte du rejet par les autres (les hommes comme les femmes), en cas de succès. Ce phénomène est connu parmi toutes les populations discriminées chez qui la perte d’estime de soi et la plus grande propension à l’échec constitueraient une forme de réponse aux attentes négatives de la société à leur égard.
Une étude menée dans les années 70 révèle pleinement l’impact de ce mécanisme psychosocial : des hommes et des femmes devaient inventer la suite d’une histoire qui débutait ainsi : «Après les examens du 1er trimestre, Jeanne se retrouve en tête de sa classe de médecine». (Pour les hommes: «Après les examens du 1er trimestre, Jean se retrouve en tête de sa classe de médecine.»). Les résultats étaient édifiants : parmi les femmes, 65% écrivaient des histoires se terminant par un échec, contre seulement 10% des hommes.
La construction de l’estime de soi ayant trait à la socialisation des individus, les différences observées selon le genre sont bien sûr une conséquence directe de la distinction sociale opérée entre les qualités et les compétences attribuées aux hommes ou aux femmes.
Par exemple, des «valeurs» associées au genre masculin sont la force physique, la résistance, la conquête ou la combativité, tandis que des «valeurs» dites féminines sont la coopération, l’intuition ou la subjectivité.
Or, cette division a pour conséquences non seulement de séparer artificiellement les genres en deux groupes opposés, mais aussi de subordonner les compétences dites féminines aux compétences dites masculines.
Même si les qualités associées au féminin font l’objet d’éloges, dans notre culture, ce sont bien les normes masculines qui dominent, notamment dans le monde du travail. Pas étonnant donc que les femmes envisagent à la baisse leurs chances de succès pour leur futur parcours professionnel : en moyenne, leur sort sera en effet nettement moins enviable du point de vue de la reconnaissance sociale (progression hiérarchique et salariale).
De manière intéressante, depuis peu, les théories managériales évoluent. Selon celles-ci, les changements observés dans l’économie mondiale exigeraient désormais que les entreprises modifient en profondeur leur management, pour mieux appréhender la complexité, la diversité et l’imprévisibilité des marchés. Un nouveau référentiel social serait donc en éclosion, qui mettrait en valeur des stratégies perçues comme féminines, comme la réciprocité ou les hiérarchies non pyramidales.
Cette tendance, si elle se vérifie dans les secteurs les plus rentables de l’économie, avantagerait donc les femmes, qu’elle doterait (enfin) de qualités directement profitables aux entreprises.
Alors, dans le futur, seront-ce les garçons qui envisageront de manière plus négative leurs perspectives d’avenir ?
Du point de vue du but à atteindre, ces nouvelles approches illustrent plutôt une stagnation dans l’évolution des mentalités, puisqu’elles persistent à associer des compétences spécifiques aux hommes et aux femmes, et à hiérarchiser cette distinction sur une base biologique.
Au final, quel projet de société se cache réellement derrière l’amélioration de l’estime de soi ? Se limite-t-elle à augmenter le chiffre d’affaires des firmes cosmétiques et des entreprises de coaching ou représente-t-elle un levier efficace pour l’égalité entre hommes et femmes ?
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