Dossiers VOI(X)ES
INTERVIEW DE GABRIELLE CHAMBORDON
Gabrielle CHAMBORDON a fait paraître trois récits aux éditions Zoé : "La Suisse des autres" en 1981, "Les enfants c'est comme les éléphants" en 1982 et "Les mots ne disent plus rien" en 1985. Elle a également publié un recueil poétique "L'eau lumière", à l'Atelier Vivant en 2000. Gabrielle a enseigné le français au Collège de Genève.
Quand avez-vous ressenti le besoin d'écrire ?
Très jeune, vers 11/12 ans. C'étaient des poèmes, des petits textes. La rédaction était mon activité préférée à l'école.
A quel moment s'est concrétisée cette envie d'écrire ?
J'ai d'abord écrit un texte sur un auteur espagnol mais c' était en fait une étude pour ma licence, qui fut publiée à Madrid. Puis en 1980 j'ai écrit "La Suisse des autres" en dix jours et dix nuits. J'avais été frappée par le livre d'Emile Ajar (alias Romain Gary) "La vie devant soi" et surtout par le film qui en a été tiré. J'y ai découvert la notion de responsabilité envers les gens qui n'ont pas le langage pour s'exprimer. Il n'y a pas, me semble-t-il, de romans écrits par des ouvriers-ères car ils/elles n'ont pas les instruments linguistiques pour le faire. Mais s'ils s'avèrent nécessaires, ces instruments ne sont pas suffisants. Emile Ajar a raconté une histoire dans un milieu populaire avec une forme et un style reflétant bien cet environnement et c'est cette liberté dans la forme qui a libéré ma propre parole.
Comment s'est déroulée l'écriture du premier manuscrit ?
Cela a commencé par l'obsession visuelle d'une maison, un soir, alors que je n'arrivais pas à m'endormir. J'ai allumé l'enregistreur, je me suis mise à parler et je me suis endormie. Quand j'ai écouté le lendemain matin, j'ai entendu la voix d'une enfant de 7 ans qui disait les premières lignes de "La Suisse des autres". J'ai donc continué à enregistrer la nuit puis à retranscrire le matin, sans retravailler le texte et dans un état de jubilation. C'est ainsi que dans le livre il n'y a pas vraiment de paragraphes.
Comment s'est poursuivi votre travail d'écriture ?
La suite a été plus difficile. Pour le premier j'avais expulsé quelque chose, j'avais retrouvé l'enfant créatif. Pour le deuxième, j'étais partie en vacances et pour des raisons de santé j'ai été obligée de rentrer à Genève. J'ai réfléchi à ce qui se passait en moi et grâce à cette introspection j'ai écrit le deuxième livre en deux mois, pendant la journée cette fois-ci. C'était plus dur parce que je retrouvais mon orphelinat. Pour le troisième, j'arrivais à l'adolescence et l'accouchement a été difficile et plus douloureux. J'ai mis une année, à temps partiel, pour l'écrire.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour trouver un-e éditeur-trice ?
J'avais un peu essayé à Paris mais sans succès. Par hasard, j'ai découvert les
éditions Zoé à Carouge et j'ai tenté ma chance. Dix jours après, le contrat était signé, le deuxième et le troisième livres étaient attendus. Par contre, quand j'ai écrit une nouvelle poétique intitulée "L'autre versant des collines" les éditions Zoé n'en ont pas voulu car cela ne correspondait à leur style. C'était trop initiatique, trop allégorique, trop mystique. Ensuite, j'ai édité à mes frais un recueil poétique "L'Eau lumière".
Dans quelles conditions écrivez-vous ?
J'écris quand une chose me vient à l'esprit. Je m'isole mais cela peut être dans un café. Pour moi écrire est un besoin pour satisfaire mon propre plaisir. J'ai le sentiment d'avoir une sorte d'atelier secret en moi qui se manifeste quand l'accouchement est prêt. J'ai aussi écrit l'adaptation cinématographique de "La Suisse des autres".
Que vous ont apporté ces livres ?
J'ai été contente de retrouver l'enfant que j'étais mais après j'ai eu un problème pour écrire. J'ai senti que j'avais épuisé ce genre de style. En arrivant au troisième récit et en atteignant l'âge de 14 ans, le style et le ton avaient changé. De plus,
il y avait danger d' être étiquetée et classée "auteure de l'enfance et de l'adolescence".
Existe-t-il, selon vous, une écriture féminine et comment se traduit-elle ?
Il y a une écriture féministe avec un propos qui est féministe. Je ne me range pas de ce côté-là. Une écriture féminine va plus dans la douceur que dans l'attaque. L'écrivain masculin reste dans l'agressivité alors qu'une femme va plus vers l'intériorité, vers l'expression du sensible. Le vécu corporel, c'est-à-dire ce qui est inscrit dans son corps est plus important. Le rôle de la femme est de parler avec tendresse de l'humain, de la beauté, des émotions. La femme ne vit pas les mêmes choses que l'homme, et surtout pas de la même manière, de ce fait peut découler une écriture proprement féminine.
Comment poursuivez-vous votre travail ?
Les poèmes de "L'eau lumière" s'arrêtent en 1996; d'autre textes sont nés les années suivantes, mais pour l'instant rien n'est véritablement prêt. Et le chant est un autre moyen pour moi d'exprimer mes émotions.
Que représente pour vous l'écriture ?
C'est un substitut du langage parlé. L' écriture a été une manière de dire mes émotions et mes pensées tout en les dissimulant sous un récit avec des faits réels et d'autres inventés pour la cohérence de l'histoire. L'écriture est aussi une cornue d'alchimiste où les mots transforment en or le lourd plomb de l'expérience.
Quels sont vos projets à l'heure actuelle ?
J'ai transmis à F-Information/Filigrane mon projet de livre "Femme, lève-toi et marche"*. Pour l'instant je n'ai qu'une réponse concrète (un récit de vie et un poème). Je ne sais pas encore si ce sera un recueil fait de juxtapositions de textes ou quelque chose de plus global où j'insérerai d'autres textes (citations, exemples, etc.).
Peut-on vivre de sa plume ?
Non. La plupart des écrivains ont un métier qui est souvent celui d'enseignant. Si un livre coûte 20 francs, l'éditeur reçoit 10 francs, le-la libraire 8 et l'auteur-e 2. Mon premier livre a été tiré à 1000 exemplaires puis a été réédité deux fois; ensuite il est sorti en livre de poche. Enfin les trois livres ont été réunis en un seul. "La Suisse des autres" a été diffusé sur Paris et au début j'ai été interviewée par la télévision et la radio. Mais le plus important pour moi c'est le courrier que j'ai reçu, qui me montrait que j'avais en fait pris la parole pour les sans-mots. Ainsi un de mes buts était atteint.
Propos recueillis par M.L. et S.B.
Très jeune, vers 11/12 ans. C'étaient des poèmes, des petits textes. La rédaction était mon activité préférée à l'école.
A quel moment s'est concrétisée cette envie d'écrire ?
J'ai d'abord écrit un texte sur un auteur espagnol mais c' était en fait une étude pour ma licence, qui fut publiée à Madrid. Puis en 1980 j'ai écrit "La Suisse des autres" en dix jours et dix nuits. J'avais été frappée par le livre d'Emile Ajar (alias Romain Gary) "La vie devant soi" et surtout par le film qui en a été tiré. J'y ai découvert la notion de responsabilité envers les gens qui n'ont pas le langage pour s'exprimer. Il n'y a pas, me semble-t-il, de romans écrits par des ouvriers-ères car ils/elles n'ont pas les instruments linguistiques pour le faire. Mais s'ils s'avèrent nécessaires, ces instruments ne sont pas suffisants. Emile Ajar a raconté une histoire dans un milieu populaire avec une forme et un style reflétant bien cet environnement et c'est cette liberté dans la forme qui a libéré ma propre parole.
Comment s'est déroulée l'écriture du premier manuscrit ?
Cela a commencé par l'obsession visuelle d'une maison, un soir, alors que je n'arrivais pas à m'endormir. J'ai allumé l'enregistreur, je me suis mise à parler et je me suis endormie. Quand j'ai écouté le lendemain matin, j'ai entendu la voix d'une enfant de 7 ans qui disait les premières lignes de "La Suisse des autres". J'ai donc continué à enregistrer la nuit puis à retranscrire le matin, sans retravailler le texte et dans un état de jubilation. C'est ainsi que dans le livre il n'y a pas vraiment de paragraphes.
Comment s'est poursuivi votre travail d'écriture ?
La suite a été plus difficile. Pour le premier j'avais expulsé quelque chose, j'avais retrouvé l'enfant créatif. Pour le deuxième, j'étais partie en vacances et pour des raisons de santé j'ai été obligée de rentrer à Genève. J'ai réfléchi à ce qui se passait en moi et grâce à cette introspection j'ai écrit le deuxième livre en deux mois, pendant la journée cette fois-ci. C'était plus dur parce que je retrouvais mon orphelinat. Pour le troisième, j'arrivais à l'adolescence et l'accouchement a été difficile et plus douloureux. J'ai mis une année, à temps partiel, pour l'écrire.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour trouver un-e éditeur-trice ?
J'avais un peu essayé à Paris mais sans succès. Par hasard, j'ai découvert les
éditions Zoé à Carouge et j'ai tenté ma chance. Dix jours après, le contrat était signé, le deuxième et le troisième livres étaient attendus. Par contre, quand j'ai écrit une nouvelle poétique intitulée "L'autre versant des collines" les éditions Zoé n'en ont pas voulu car cela ne correspondait à leur style. C'était trop initiatique, trop allégorique, trop mystique. Ensuite, j'ai édité à mes frais un recueil poétique "L'Eau lumière".
Dans quelles conditions écrivez-vous ?
J'écris quand une chose me vient à l'esprit. Je m'isole mais cela peut être dans un café. Pour moi écrire est un besoin pour satisfaire mon propre plaisir. J'ai le sentiment d'avoir une sorte d'atelier secret en moi qui se manifeste quand l'accouchement est prêt. J'ai aussi écrit l'adaptation cinématographique de "La Suisse des autres".
Que vous ont apporté ces livres ?
J'ai été contente de retrouver l'enfant que j'étais mais après j'ai eu un problème pour écrire. J'ai senti que j'avais épuisé ce genre de style. En arrivant au troisième récit et en atteignant l'âge de 14 ans, le style et le ton avaient changé. De plus,
il y avait danger d' être étiquetée et classée "auteure de l'enfance et de l'adolescence".
Existe-t-il, selon vous, une écriture féminine et comment se traduit-elle ?
Il y a une écriture féministe avec un propos qui est féministe. Je ne me range pas de ce côté-là. Une écriture féminine va plus dans la douceur que dans l'attaque. L'écrivain masculin reste dans l'agressivité alors qu'une femme va plus vers l'intériorité, vers l'expression du sensible. Le vécu corporel, c'est-à-dire ce qui est inscrit dans son corps est plus important. Le rôle de la femme est de parler avec tendresse de l'humain, de la beauté, des émotions. La femme ne vit pas les mêmes choses que l'homme, et surtout pas de la même manière, de ce fait peut découler une écriture proprement féminine.
Comment poursuivez-vous votre travail ?
Les poèmes de "L'eau lumière" s'arrêtent en 1996; d'autre textes sont nés les années suivantes, mais pour l'instant rien n'est véritablement prêt. Et le chant est un autre moyen pour moi d'exprimer mes émotions.
Que représente pour vous l'écriture ?
C'est un substitut du langage parlé. L' écriture a été une manière de dire mes émotions et mes pensées tout en les dissimulant sous un récit avec des faits réels et d'autres inventés pour la cohérence de l'histoire. L'écriture est aussi une cornue d'alchimiste où les mots transforment en or le lourd plomb de l'expérience.
Quels sont vos projets à l'heure actuelle ?
J'ai transmis à F-Information/Filigrane mon projet de livre "Femme, lève-toi et marche"*. Pour l'instant je n'ai qu'une réponse concrète (un récit de vie et un poème). Je ne sais pas encore si ce sera un recueil fait de juxtapositions de textes ou quelque chose de plus global où j'insérerai d'autres textes (citations, exemples, etc.).
Peut-on vivre de sa plume ?
Non. La plupart des écrivains ont un métier qui est souvent celui d'enseignant. Si un livre coûte 20 francs, l'éditeur reçoit 10 francs, le-la libraire 8 et l'auteur-e 2. Mon premier livre a été tiré à 1000 exemplaires puis a été réédité deux fois; ensuite il est sorti en livre de poche. Enfin les trois livres ont été réunis en un seul. "La Suisse des autres" a été diffusé sur Paris et au début j'ai été interviewée par la télévision et la radio. Mais le plus important pour moi c'est le courrier que j'ai reçu, qui me montrait que j'avais en fait pris la parole pour les sans-mots. Ainsi un de mes buts était atteint.
Propos recueillis par M.L. et S.B.
"Femme, lève-toi et marche"
Gabrielle Chambordon, écrivain, poètesse, souhaite élaborer avec vous une réflexion sur ce thème. Dans un premier temps, il s'agit de recueillir des témoignages. Pour ce faire, elle propose à toute personne indépendamment de son âge, sa profession, sa race, sa religion, son milieu social et son mode de vie de participer à cette expérience en lui envoyant un texte. Il peut s'agir d'un texte de réflexion, d'un poème, d'une nouvelle, d'un simple témoignage ou de toute autre forme d'écriture en rapport avec le thème proposé.
Signez votre écrit de votre prénom ou d'un pseudonyme et donnez quelques renseignements vous concernant et qui seraient utiles à sa compréhension.
Pour tous renseignements : tél. 022 348 01 18
Gabrielle Chambordon, écrivain, poètesse, souhaite élaborer avec vous une réflexion sur ce thème. Dans un premier temps, il s'agit de recueillir des témoignages. Pour ce faire, elle propose à toute personne indépendamment de son âge, sa profession, sa race, sa religion, son milieu social et son mode de vie de participer à cette expérience en lui envoyant un texte. Il peut s'agir d'un texte de réflexion, d'un poème, d'une nouvelle, d'un simple témoignage ou de toute autre forme d'écriture en rapport avec le thème proposé.
Signez votre écrit de votre prénom ou d'un pseudonyme et donnez quelques renseignements vous concernant et qui seraient utiles à sa compréhension.
Pour tous renseignements : tél. 022 348 01 18
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