Dossiers VOI(X)ES
INTERVIEW DE MAAIKE KRUSEMAN, SPECIALISTE EN NUTRITION ET EN SANTE PUBLIQUE, DIETETICIENNE DIPLOMEE MPH
Dans le cadre de votre profession, quelles observations faites-vous concernant le rapport que les femmes entretiennent avec la nourriture et avec leur corps ?
Il s'agit le plus souvent d'un rapport conflictuel. La plupart des femmes qui viennent me voir sont insatisfaites de leur corps. Elles souhaiteraient le «modeler» le modifier et comptent sur des changements alimentaires pour cela. Elles se battent contre leurs habitudes, ce qui génère des tensions, de la culpabilité. Mon rôle est avant tout d'apaiser leur rapport à la nourriture.
Pour la plupart d'entre nous, il existe un décalage évident entre le poids que l'on souhaite atteindre pour correspondre à une certaine image de la femme «idéale», et le poids convenable pour notre santé. Qu'en pensez vous ?
L'idée que l'on puisse modifier son poids, voire sa silhouette, est largement entretenue par l'industrie du cosmétique et de l'agro-alimentaire, voire même par certain-e-s professionnel-le-s de la santé. Mais on ne change pas de poids comme on change de coupe de cheveux ! Par ailleurs, cette image de femme «idéale» dont vous parlez, est totalement «iréelle»: la maigreur, l'absence de hanches, les seins volumineux, les jambes interminables… ces silhouettes sont fabriquées, utilisées par l'industrie, mais ne correspondent ni à la réalité, ni à ce qui est souhaitable pour la santé. Le risque de mortalité associée au poids augmente avec l'obésité, c'est vrai, mais aussi avec la maigreur excessive ! Et excès de poids n'est pas synonyme d'obésité.
Pouvez-vous nous éclairer sur les différents troubles alimentaires tels que boulimie, anorexie ou hyperphagie ?
Ce sont des pathologies psychiatriques, décrites dans le «DSM-IV», le recueil décrivant les critères diagnostiques pour ces maladies. Pour simplifier, la boulimie se caractérise par la survenue récurrente de crises de boulimie, c'est-à-dire de consommation d'une très importante quantité de nourriture avec un sentiment de perte de contrôle sur le comportement alimentaire. Ces crises sont suivies de comportements compensatoires, par exemple vomissements provoqués, emploi de laxatifs ou lavements, ou encore l'exercice physique intensif. Les personnes qui souffrent de boulimie ont une estime d'elles-mêmes très influencée par le poids et la silhouette.
L'anorexie mentale se caractérise par le refus de maintenir le poids corporel au niveau d'un poids normal, la peur intense de prendre du poids ou de devenir gros-se, alors que le poids est inférieur à la norme. Les personnes qui souffrent d'anorexie mentale ont une perception altérée de leur poids ou de leur silhouette, qui influencent de manière excessive leur estime d'elle-même. Elles nient souvent la gravité de leur maigreur. Les femmes anorexiques n'ont plus leurs règles.
L'hyperphagie boulimique fait partie des «troubles des conduites alimentaires non spécifiés» : il existe alors des épisodes de crises de boulimie, mais sans recours régulier aux comportements compensatoires.
La société actuelle est pour le moins intransigeante envers le corps féminin, on le voit en particulier à travers les images véhiculées par les médias. Si l'on ne s'identifie pas à ces modèles de perfection, si l'image que l'on a de soi ne correspond pas à ces corps lisses et désirables, notre identité en tant que femme peut s'en trouver très troublée, qu'en pensez-vous ?
Vous abordez là un aspect plus «psychologique», je ne suis pas très bien placée pour répondre. De nombreuses études ont cherché à savoir de quelle manière l'image de soi peut influencer notre «identité féminine». Le problème est qu'elles s'intéressent surtout aux «cas pathologiques». On manque d'études épidémiologiques sur la question, c'est-à-dire des études qui incluent l'ensemble de la population.
Au même titre que «La bonne taille c'est quand les deux pieds touchent par terre», avez-vous un petit slogan encourageant à nous faire partager ?
Pour moi, la minceur n'est pas une valeur. J'essaie de diffuser ce message autour de moi. Les occasions ne manquent pas, le poids est un sujet de conversation tellement fréquent !
Y a-t-il un message que vous souhaiteriez faire passer aux femmes qui nous lisent et qui peuvent se sentir concernées (il doit y en avoir quelques-unes...) ?
Ne faites pas de régime. Les conséquences sont souvent désastreuses. Votre valeur en tant que personne ne dépend pas de votre poids corporel, ni de votre silhouette.
Fanny Matton et Marie-Claude Rimaz
Il s'agit le plus souvent d'un rapport conflictuel. La plupart des femmes qui viennent me voir sont insatisfaites de leur corps. Elles souhaiteraient le «modeler» le modifier et comptent sur des changements alimentaires pour cela. Elles se battent contre leurs habitudes, ce qui génère des tensions, de la culpabilité. Mon rôle est avant tout d'apaiser leur rapport à la nourriture.
Pour la plupart d'entre nous, il existe un décalage évident entre le poids que l'on souhaite atteindre pour correspondre à une certaine image de la femme «idéale», et le poids convenable pour notre santé. Qu'en pensez vous ?
L'idée que l'on puisse modifier son poids, voire sa silhouette, est largement entretenue par l'industrie du cosmétique et de l'agro-alimentaire, voire même par certain-e-s professionnel-le-s de la santé. Mais on ne change pas de poids comme on change de coupe de cheveux ! Par ailleurs, cette image de femme «idéale» dont vous parlez, est totalement «iréelle»: la maigreur, l'absence de hanches, les seins volumineux, les jambes interminables… ces silhouettes sont fabriquées, utilisées par l'industrie, mais ne correspondent ni à la réalité, ni à ce qui est souhaitable pour la santé. Le risque de mortalité associée au poids augmente avec l'obésité, c'est vrai, mais aussi avec la maigreur excessive ! Et excès de poids n'est pas synonyme d'obésité.
Pouvez-vous nous éclairer sur les différents troubles alimentaires tels que boulimie, anorexie ou hyperphagie ?
Ce sont des pathologies psychiatriques, décrites dans le «DSM-IV», le recueil décrivant les critères diagnostiques pour ces maladies. Pour simplifier, la boulimie se caractérise par la survenue récurrente de crises de boulimie, c'est-à-dire de consommation d'une très importante quantité de nourriture avec un sentiment de perte de contrôle sur le comportement alimentaire. Ces crises sont suivies de comportements compensatoires, par exemple vomissements provoqués, emploi de laxatifs ou lavements, ou encore l'exercice physique intensif. Les personnes qui souffrent de boulimie ont une estime d'elles-mêmes très influencée par le poids et la silhouette.
L'anorexie mentale se caractérise par le refus de maintenir le poids corporel au niveau d'un poids normal, la peur intense de prendre du poids ou de devenir gros-se, alors que le poids est inférieur à la norme. Les personnes qui souffrent d'anorexie mentale ont une perception altérée de leur poids ou de leur silhouette, qui influencent de manière excessive leur estime d'elle-même. Elles nient souvent la gravité de leur maigreur. Les femmes anorexiques n'ont plus leurs règles.
L'hyperphagie boulimique fait partie des «troubles des conduites alimentaires non spécifiés» : il existe alors des épisodes de crises de boulimie, mais sans recours régulier aux comportements compensatoires.
La société actuelle est pour le moins intransigeante envers le corps féminin, on le voit en particulier à travers les images véhiculées par les médias. Si l'on ne s'identifie pas à ces modèles de perfection, si l'image que l'on a de soi ne correspond pas à ces corps lisses et désirables, notre identité en tant que femme peut s'en trouver très troublée, qu'en pensez-vous ?
Vous abordez là un aspect plus «psychologique», je ne suis pas très bien placée pour répondre. De nombreuses études ont cherché à savoir de quelle manière l'image de soi peut influencer notre «identité féminine». Le problème est qu'elles s'intéressent surtout aux «cas pathologiques». On manque d'études épidémiologiques sur la question, c'est-à-dire des études qui incluent l'ensemble de la population.
Au même titre que «La bonne taille c'est quand les deux pieds touchent par terre», avez-vous un petit slogan encourageant à nous faire partager ?
Pour moi, la minceur n'est pas une valeur. J'essaie de diffuser ce message autour de moi. Les occasions ne manquent pas, le poids est un sujet de conversation tellement fréquent !
Y a-t-il un message que vous souhaiteriez faire passer aux femmes qui nous lisent et qui peuvent se sentir concernées (il doit y en avoir quelques-unes...) ?
Ne faites pas de régime. Les conséquences sont souvent désastreuses. Votre valeur en tant que personne ne dépend pas de votre poids corporel, ni de votre silhouette.
Fanny Matton et Marie-Claude Rimaz
Dans la même rubrique
