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GRISELIDIS REAL
Figure incontournable de la prostitution genevoise, Grisélidis Réal naquit à Lausanne en 1929. Fille d'enseignants elle rejoignit son père à l'âge de six ans en Egypte où il avait obtenu un poste. Puis la famille déménagea pour la Grèce où son père mourut quand elle avait 9 ans. Revenue à Lausanne avec sa mère, celle-ci lui donna une éducation très rigide contre laquelle Grisélidis se révolta, ce qui entraîna une relation très conflictuelle mère/fille.
Grisélidis fit ses études aux Arts Décoratifs à Zurich et fut diplômée en 1949. Mariée à 20 ans, elle aura deux fils, divorcera au bout de six ans et partira avec ses deux enfants et son nouveau compagnon pour l'Allemagne. Elle se retrouvera sans argent, sans papiers et sans le droit de travailler, si bien qu'en 1961 elle décidera de se prostituer.
Pensionnaire dans un bordel clandestin de Munich, elle sera emprisonnée pour avoir vendu de la marijuana à des soldats américains, puis rapatriée en Suisse où elle continuera à se prostituer quelques temps.
Son militantisme naît en 1975 lors de l'occupation parisienne d'une église par des prostituées qui désiraient être reconnues comme des travailleuses du sexe. Elles se jugeaient discriminées alors qu'elle payaient des impôts et voulaient donc être considérées comme des travailleuses semblables aux autres. Grisélidis participa activement à ce mouvement mais en 1977, son éditeur ne lui donnant plus d'argent, elle reprit la prostitution à Genève, activité qu'elle avait abandonnée sept ans auparavant.
Quelques années plus tard, en 1982, elle sera l'une des fondatrices d'Aspasie, aux Pâquis, une association qui aide, conseille et oriente les prostituées. Une de leurs victoires sera l'abolition du Certificat de bonne vie et mœurs. Sans celui-ci, les prostituées ne pouvaient pas se reconvertir dans une activité professionnelle.
Mais elle ne s'est pas contentée de militer à Genève. Elle a étendu son combat en participant à des conférences internationales, en venant parler de son métier dans des universités, en donnant de nombreuses interviews et en animant des réunions publiques. De plus elle a créé le Centre international de documentation sur la prostitution.
En 1995 elle arrête la prostitution après trente ans d'activité, quatre enfants et onze avortements mais elle continue à militer pour la défense de la profession. Atteinte d'un cancer elle meurt fin mai 2005.
Grisélidis a toujours revendiqué le rôle social de la prostitution qu'elle considérait comme une activité qui soulage les misères humaines et qui a sa grandeur. En 1977 elle écrivait que "..la prostitution est un acte révolutionnaire". Dans ses carnets elle notait : "La prostitution est un art, un humanisme, une science." Mais elle reconnaissait également le côté sordide de son métier dont elle parlait avec des termes crus.
Mais Grisélidis Réal fut aussi une écrivaine de grand talent, une poétesse et l'inspiratrice d'une pièce de théâtre jouée au Poche. Son premier livre "Le noir est une couleur" paru en 1974, est une sorte d'autobiographie qui évoque la période allemande de sa vie. Le noir fait référence à un Noir américain qui un soir de détresse l'avait recueillie et lui avait témoigné de la compassion. Dans cet ouvrage elle se raconte sans concessions ni misérabilisme.
Puis en 1994 sera publié "La passe imaginaire". Il s'agit d'une série de lettres envoyées à son ami Jean-Luc Hennig qui en 1981 lui avait consacré un ouvrage, "Grisélidis, courtisane". En 2005 une réédition de "Carnet de bal d'une courtisane" complétée d'autres écrits, viennent compléter sa production littéraire. Car il s'agit bien de littérature: dans tous ses livres elle montre un style flamboyant et des récits qui "secouent" ses lectrices/teurs.
Si les féministes restent divisées sur la prostitution, elles sont nombreuses à reconnaître le rôle particulier de Grisélidis Réal. La somme d'hommages et de réactions qui se sont manifestés à sa mort montrent bien son importance à la fois comme icône de la prostitution, comme authentique écrivaine et comme une femme qui s'est battue pour se faire reconnaître comme un être à part entière.
Les livres de Grisélidis Réal cités dans cet article sont tous disponibles en prêt à la bibliothèque Filigrane.
Grisélidis fit ses études aux Arts Décoratifs à Zurich et fut diplômée en 1949. Mariée à 20 ans, elle aura deux fils, divorcera au bout de six ans et partira avec ses deux enfants et son nouveau compagnon pour l'Allemagne. Elle se retrouvera sans argent, sans papiers et sans le droit de travailler, si bien qu'en 1961 elle décidera de se prostituer.
Pensionnaire dans un bordel clandestin de Munich, elle sera emprisonnée pour avoir vendu de la marijuana à des soldats américains, puis rapatriée en Suisse où elle continuera à se prostituer quelques temps.
Son militantisme naît en 1975 lors de l'occupation parisienne d'une église par des prostituées qui désiraient être reconnues comme des travailleuses du sexe. Elles se jugeaient discriminées alors qu'elle payaient des impôts et voulaient donc être considérées comme des travailleuses semblables aux autres. Grisélidis participa activement à ce mouvement mais en 1977, son éditeur ne lui donnant plus d'argent, elle reprit la prostitution à Genève, activité qu'elle avait abandonnée sept ans auparavant.
Quelques années plus tard, en 1982, elle sera l'une des fondatrices d'Aspasie, aux Pâquis, une association qui aide, conseille et oriente les prostituées. Une de leurs victoires sera l'abolition du Certificat de bonne vie et mœurs. Sans celui-ci, les prostituées ne pouvaient pas se reconvertir dans une activité professionnelle.
Mais elle ne s'est pas contentée de militer à Genève. Elle a étendu son combat en participant à des conférences internationales, en venant parler de son métier dans des universités, en donnant de nombreuses interviews et en animant des réunions publiques. De plus elle a créé le Centre international de documentation sur la prostitution.
En 1995 elle arrête la prostitution après trente ans d'activité, quatre enfants et onze avortements mais elle continue à militer pour la défense de la profession. Atteinte d'un cancer elle meurt fin mai 2005.
Grisélidis a toujours revendiqué le rôle social de la prostitution qu'elle considérait comme une activité qui soulage les misères humaines et qui a sa grandeur. En 1977 elle écrivait que "..la prostitution est un acte révolutionnaire". Dans ses carnets elle notait : "La prostitution est un art, un humanisme, une science." Mais elle reconnaissait également le côté sordide de son métier dont elle parlait avec des termes crus.
Mais Grisélidis Réal fut aussi une écrivaine de grand talent, une poétesse et l'inspiratrice d'une pièce de théâtre jouée au Poche. Son premier livre "Le noir est une couleur" paru en 1974, est une sorte d'autobiographie qui évoque la période allemande de sa vie. Le noir fait référence à un Noir américain qui un soir de détresse l'avait recueillie et lui avait témoigné de la compassion. Dans cet ouvrage elle se raconte sans concessions ni misérabilisme.
Puis en 1994 sera publié "La passe imaginaire". Il s'agit d'une série de lettres envoyées à son ami Jean-Luc Hennig qui en 1981 lui avait consacré un ouvrage, "Grisélidis, courtisane". En 2005 une réédition de "Carnet de bal d'une courtisane" complétée d'autres écrits, viennent compléter sa production littéraire. Car il s'agit bien de littérature: dans tous ses livres elle montre un style flamboyant et des récits qui "secouent" ses lectrices/teurs.
Si les féministes restent divisées sur la prostitution, elles sont nombreuses à reconnaître le rôle particulier de Grisélidis Réal. La somme d'hommages et de réactions qui se sont manifestés à sa mort montrent bien son importance à la fois comme icône de la prostitution, comme authentique écrivaine et comme une femme qui s'est battue pour se faire reconnaître comme un être à part entière.
Les livres de Grisélidis Réal cités dans cet article sont tous disponibles en prêt à la bibliothèque Filigrane.
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