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REFLEXIONS DE MURIEL GOLAY SUR L'AIDE ET LES SOINS PRODIGUES AUX PROCHES
- Muriel Golay se présente
Je travaille comme directrice adjointe du SPPE depuis le printemps 2004. Je suis issue du domaine de la santé publique (master de santé publique obtenu à l'Université de Genève en 2002). C'est dans le canton de Neuchâtel que j'ai débuté mon engagement féministe et associatif, puisque j'y ai résidé une dizaine d'années avant de revenir à Genève où j'avais grandi.
Par le biais de mon premier emploi à l'OFS en tant que responsable des statistiques des établissements de santé, j'ai vite constaté que les femmes étaient au centre du système, en particulier dans le domaine des personnes âgées.
C'est lorsque j'ai travaillé à l'Institut de Médecine Sociale et Préventive de Genève que j'ai eu l'occasion de me confronter aux travaux de chercheuses féministes sur le thème, comme ceux de Geneviève Cresson, en France ou à Genève, ceux d'Anne Bardet-Blochet et de Maryvonne Gognalons-Nicolet. Mon objectif sur ce dossier est de mettre en valeur toutes les données actuellement disponibles et de jouer la courroie de transmission auprès des politiques et du grand public afin de rendre visible le rôle crucial, mais non reconnu des femmes dans les soins.
La santé des femmes, dans notre pays en tous cas, est essentiellement liée à des facteurs de risque d'ordre socio-économiques. Les questions de genre et en lien avec l'égalité sont des clefs de lecture essentielles et c'est pour cette raison que je considère ce dossier comme prioritaire.
- ... et nous livre ses réflexions
Du point de vue des soins, la santé des individus repose essentiellement sur l'engagement des femmes. Intense durant les années de début puis de fin de vie, il est le plus souvent invisible, non reconnu et non financé, par les politiques sociales et de santé publique.
Depuis quelques décennies, les femmes ont fait une entrée massive dans le monde du travail rémunéré. Cette situation n'est pas remise en question et l'apport des femmes à l'économie du pays est désormais un impératif pour les finances publiques (1). En outre, la capacité d'indépendance économique des femmes est de plus en plus ancrée dans la loi (ex. loi sur le divorce), attestant de la prise en compte de ce «nouveau» rôle des femmes par la société.
Aujourd'hui, une première génération est confrontée, dans son quotidien, à la survivance de parents d'âge très avancé. Ces enfants, de 50 ans et plus, sont dits de la «génération sandwich» en raison de la double contrainte familiale à laquelle ils/elles doivent très souvent faire face: enfants encore à charge, alors que des parents âgés nécessitent une aide ou des soins de plus en plus conséquents.
Le phénomène de vieillissement de la population occidentale et les coûts qu'il engendre, provoquent des décisions politiques visant, par le biais de l'augmentation directe ou indirecte de la contribution des ménages, à trouver de nouvelles sources de financements publics et à limiter les prestations sociales et de santé.
Ce sont les femmes qui assument en premier lieu ces prestations gratuites : épouses, filles ou belles-filles sont les plus sollicitées et sont amenées à fournir des soins plus complexes que par le passé.
Ce rôle indispensable à la société est doublement ignoré par les politiques qui non seulement ne le soutiennent pas, mais ne le prennent pas non plus en considération dans le cadre de l'organisation du monde du travail.
Aide et soins fournis par les personnes de 50 ans et plus : une contribution essentielle à la société de la part des femmes.
35% à 43% des 50 ans et plus, ont encore des enfants à charge vivant chez eux (1). En raison des nouvelles caractéristiques socio-démographiques des familles, ce phénomène va encore s'amplifier pour les «cohortes de 50 ans et plus» à venir.
Or, cette dernière tranche d'âge est aussi celle qui se caractérise par une implication de plus en plus importante auprès des parents encore vivants : jusqu'à 50% d'entre eux déclarent leur fournir de l'aide. Celle-ci est avant tout matrifocale et matrilinéaire (1).
En outre, à cette double charge familiale est encore susceptible de s'ajouter celle représentée par la prise en charge des premiers petits-enfants, dont le mode de garde subit la contrainte d'un sous-effectif général des structures destinées aux enfants d'âge préscolaire, voire de leur coût prohibitif ne permettant pas l'accès à toutes les familles.
De manière peu surprenante, seul le rôle de bénéficiaires de soins des femmes et les coûts liés sont par contre mis en évidence par les statistiques officielles. On peut s'en étonner et se questionner sur cette manière de présenter les faits.
Selon l'enquête suisse sur la population active (ESPA), les 50 ans et plus sont les plus engagé-e-s dans le bénévolat dit informel (prestations n'entrant pas dans le cadre d'un engagement associatif) puisque 28% (55-64 ans) à 34% (65-74 ans) d'entre eux y contribuent. Cette aide est avant tout le fait des femmes et se compose de la garde d'enfants et des soins à d'autres adultes - parents ou connaissances (2).
Le nombre d'heures de travail représenté par ces tâches a été estimé à 370 millions en 2000, correspondant à une valeur monétaire de plus de 13 milliards de francs suisses (2).
Le temps passé à prodiguer des soins informels n'étant pas reconnu, les femmes ne profitent pas d'une couverture sociale adéquate. Cela contribue à la paupérisation de cette population, notamment lors de la survenance d'un risque (invalidité ou arrivée à l'âge de la retraite) pour ces femmes ayant pas ou peu cotisé aux assurances sociales.
Les aides informelles régulières fournies par les femmes contribuent donc de manière majeure au système de soins, bien plus que la part déjà prise par les institutions d'aide et de soins à domicile financées par les collectivités.
Les personnes fournissant de l'aide et des soins informels : une population à risque.
La mise à contribution des ménages dans l'aide et les soins aux proches âgé-e-s est un facteur limitant potentiellement de façon importante leurs ressources. La diminution de l'activité professionnelle et/ou la participation financière directe restreignent les budgets parfois sur le long terme (3).
En outre, le soutien apporté aux proches âgé-e-s a un impact démontré sur la santé physique et psychique de ceux et celles qui le prodiguent (4). Or, ceux/celles-ci ne sont pas identifié-e-s, ni comme partenaires, ni comme client-e-s, des services fournis par le système de soins formel.
En parallèle aux difficultés liées au sentiment de non contrôle et de discontinuité des soins qu'ils/elles doivent mettre en oeuvre ou collaborer à fournir, les prestataires informel-le-s sont confronté-e-s à une augmentation de la quantité et de la complexité des services exigés par l'état de la personne. Ceci est le fruit d'une politique socio-sanitaire dite «du virage ambulatoire», visant à diminuer les charges reposant sur le système de soins formel (diminution des séjours et des lits dans les institutions hospitalières et non hospitalières) qui a transféré cette charge vers les ménages et le système d'aide et de soins à domicile (5).
Muriel Golay
(1) «Ages et générations La vie après 50 ans en Suisse», OFS, Neuchâtel, 2005
(2) «Le travail bénévole en Suisse», OFS, Neuchâtel, 2005
(3) «Informal caregivers' experiences of formal support in a changing context», Wiles J,Health and Social Care in the Community 11(3), 2003,189-207.
(4) «Vieillissement et soins, l'urgence d'offrir des services de santé intégrés aux familles du 21ème siècle», Ducharme F, Lebel P, Bergman H, Rupture, revue transdisciplinaire en santé, vol. 8 n°2, 2001, pp 110-121.
(5) «Perceptions, stratégies adaptatives et attentes des femmes âgées aidantes familiales dans la perspective du virage ambulatoire», Ducharme F, Pérodeau G, Trudeau D, Revue canadienne de santé mentale communautaire, vol. 19, n°1, 2000.
Je travaille comme directrice adjointe du SPPE depuis le printemps 2004. Je suis issue du domaine de la santé publique (master de santé publique obtenu à l'Université de Genève en 2002). C'est dans le canton de Neuchâtel que j'ai débuté mon engagement féministe et associatif, puisque j'y ai résidé une dizaine d'années avant de revenir à Genève où j'avais grandi.
Par le biais de mon premier emploi à l'OFS en tant que responsable des statistiques des établissements de santé, j'ai vite constaté que les femmes étaient au centre du système, en particulier dans le domaine des personnes âgées.
C'est lorsque j'ai travaillé à l'Institut de Médecine Sociale et Préventive de Genève que j'ai eu l'occasion de me confronter aux travaux de chercheuses féministes sur le thème, comme ceux de Geneviève Cresson, en France ou à Genève, ceux d'Anne Bardet-Blochet et de Maryvonne Gognalons-Nicolet. Mon objectif sur ce dossier est de mettre en valeur toutes les données actuellement disponibles et de jouer la courroie de transmission auprès des politiques et du grand public afin de rendre visible le rôle crucial, mais non reconnu des femmes dans les soins.
La santé des femmes, dans notre pays en tous cas, est essentiellement liée à des facteurs de risque d'ordre socio-économiques. Les questions de genre et en lien avec l'égalité sont des clefs de lecture essentielles et c'est pour cette raison que je considère ce dossier comme prioritaire.
- ... et nous livre ses réflexions
Du point de vue des soins, la santé des individus repose essentiellement sur l'engagement des femmes. Intense durant les années de début puis de fin de vie, il est le plus souvent invisible, non reconnu et non financé, par les politiques sociales et de santé publique.
Depuis quelques décennies, les femmes ont fait une entrée massive dans le monde du travail rémunéré. Cette situation n'est pas remise en question et l'apport des femmes à l'économie du pays est désormais un impératif pour les finances publiques (1). En outre, la capacité d'indépendance économique des femmes est de plus en plus ancrée dans la loi (ex. loi sur le divorce), attestant de la prise en compte de ce «nouveau» rôle des femmes par la société.
Aujourd'hui, une première génération est confrontée, dans son quotidien, à la survivance de parents d'âge très avancé. Ces enfants, de 50 ans et plus, sont dits de la «génération sandwich» en raison de la double contrainte familiale à laquelle ils/elles doivent très souvent faire face: enfants encore à charge, alors que des parents âgés nécessitent une aide ou des soins de plus en plus conséquents.
Le phénomène de vieillissement de la population occidentale et les coûts qu'il engendre, provoquent des décisions politiques visant, par le biais de l'augmentation directe ou indirecte de la contribution des ménages, à trouver de nouvelles sources de financements publics et à limiter les prestations sociales et de santé.
Ce sont les femmes qui assument en premier lieu ces prestations gratuites : épouses, filles ou belles-filles sont les plus sollicitées et sont amenées à fournir des soins plus complexes que par le passé.
Ce rôle indispensable à la société est doublement ignoré par les politiques qui non seulement ne le soutiennent pas, mais ne le prennent pas non plus en considération dans le cadre de l'organisation du monde du travail.
Aide et soins fournis par les personnes de 50 ans et plus : une contribution essentielle à la société de la part des femmes.
35% à 43% des 50 ans et plus, ont encore des enfants à charge vivant chez eux (1). En raison des nouvelles caractéristiques socio-démographiques des familles, ce phénomène va encore s'amplifier pour les «cohortes de 50 ans et plus» à venir.
Or, cette dernière tranche d'âge est aussi celle qui se caractérise par une implication de plus en plus importante auprès des parents encore vivants : jusqu'à 50% d'entre eux déclarent leur fournir de l'aide. Celle-ci est avant tout matrifocale et matrilinéaire (1).
En outre, à cette double charge familiale est encore susceptible de s'ajouter celle représentée par la prise en charge des premiers petits-enfants, dont le mode de garde subit la contrainte d'un sous-effectif général des structures destinées aux enfants d'âge préscolaire, voire de leur coût prohibitif ne permettant pas l'accès à toutes les familles.
De manière peu surprenante, seul le rôle de bénéficiaires de soins des femmes et les coûts liés sont par contre mis en évidence par les statistiques officielles. On peut s'en étonner et se questionner sur cette manière de présenter les faits.
Selon l'enquête suisse sur la population active (ESPA), les 50 ans et plus sont les plus engagé-e-s dans le bénévolat dit informel (prestations n'entrant pas dans le cadre d'un engagement associatif) puisque 28% (55-64 ans) à 34% (65-74 ans) d'entre eux y contribuent. Cette aide est avant tout le fait des femmes et se compose de la garde d'enfants et des soins à d'autres adultes - parents ou connaissances (2).
Le nombre d'heures de travail représenté par ces tâches a été estimé à 370 millions en 2000, correspondant à une valeur monétaire de plus de 13 milliards de francs suisses (2).
Le temps passé à prodiguer des soins informels n'étant pas reconnu, les femmes ne profitent pas d'une couverture sociale adéquate. Cela contribue à la paupérisation de cette population, notamment lors de la survenance d'un risque (invalidité ou arrivée à l'âge de la retraite) pour ces femmes ayant pas ou peu cotisé aux assurances sociales.
Les aides informelles régulières fournies par les femmes contribuent donc de manière majeure au système de soins, bien plus que la part déjà prise par les institutions d'aide et de soins à domicile financées par les collectivités.
Les personnes fournissant de l'aide et des soins informels : une population à risque.
La mise à contribution des ménages dans l'aide et les soins aux proches âgé-e-s est un facteur limitant potentiellement de façon importante leurs ressources. La diminution de l'activité professionnelle et/ou la participation financière directe restreignent les budgets parfois sur le long terme (3).
En outre, le soutien apporté aux proches âgé-e-s a un impact démontré sur la santé physique et psychique de ceux et celles qui le prodiguent (4). Or, ceux/celles-ci ne sont pas identifié-e-s, ni comme partenaires, ni comme client-e-s, des services fournis par le système de soins formel.
En parallèle aux difficultés liées au sentiment de non contrôle et de discontinuité des soins qu'ils/elles doivent mettre en oeuvre ou collaborer à fournir, les prestataires informel-le-s sont confronté-e-s à une augmentation de la quantité et de la complexité des services exigés par l'état de la personne. Ceci est le fruit d'une politique socio-sanitaire dite «du virage ambulatoire», visant à diminuer les charges reposant sur le système de soins formel (diminution des séjours et des lits dans les institutions hospitalières et non hospitalières) qui a transféré cette charge vers les ménages et le système d'aide et de soins à domicile (5).
Muriel Golay
(1) «Ages et générations La vie après 50 ans en Suisse», OFS, Neuchâtel, 2005
(2) «Le travail bénévole en Suisse», OFS, Neuchâtel, 2005
(3) «Informal caregivers' experiences of formal support in a changing context», Wiles J,Health and Social Care in the Community 11(3), 2003,189-207.
(4) «Vieillissement et soins, l'urgence d'offrir des services de santé intégrés aux familles du 21ème siècle», Ducharme F, Lebel P, Bergman H, Rupture, revue transdisciplinaire en santé, vol. 8 n°2, 2001, pp 110-121.
(5) «Perceptions, stratégies adaptatives et attentes des femmes âgées aidantes familiales dans la perspective du virage ambulatoire», Ducharme F, Pérodeau G, Trudeau D, Revue canadienne de santé mentale communautaire, vol. 19, n°1, 2000.
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