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QUESTIONS AUTOUR DU BEAU ET DU REGARD
Catherine Bronnimann a plusieurs cordes à son arc : Styliste et créatrice de vêtements et de costumes de scène, elle enseigne à la Haute Ecole d'arts appliqués de Genève. Parallèlement, elle a fait de longues études de psychothérapie, et possède un cabinet de psycho-sophrothérapeute à Genève. Nous lui avons demandé de nous donner son point de vue sur les questions de la beauté, du regard et du rôle du vêtement. Voici ce qu'elle en dit.
Etre beau/belle est une idée éminemment subjective. En effet, la représentation du beau est pensée en terme de goût; il nous amène à la subjectivité et se définit par le plaisir qu'il procure, par les sensations ou les sentiments qu'il suscite. Comment à partir de là peut-il y avoir consensus sur la beauté et où se situe la norme ? Il me semble donc important de cultiver le regard, que ce regard puisse être évolutif et qu'il ne se forge plus à partir de dictats. Tout dépend effectivement de notre regard que nous posons sur les choses. Je rejoins ainsi Margarete Buber-Neumann qui nous dit : «La plus grande beauté, c'est l'harmonie. Je n'entends par là rien d'extérieur. J'entends l'harmonie qui rayonne de l'intérieur. »

Guillaume Erner nous confie en ces termes que «la mode est avant tout une manière de façonner son identité. Par l'apparence qu'il se donne l'individu se situe par rapport aux autres, comme par rapport à lui-même. Dans ces conditions la mode est l'un des moyens qu'il utilise pour devenir lui-même.» 1

Comment ainsi faire la part belle au vêtement, ne pas le prendre comme faiseur d'icônes mais le laisser aller vers l'essentiel : révéler une identité. Les créations de mode ont un rôle de médiation tant vis-à-vis de l'individu que vis-à-vis de la société. C'est le regard qui joue le rôle d'instrument de médiation, le nôtre et celui des autres. Ainsi se révèle notre identité, qui résulte clairement du domaine de la représentation et du sentiment de soi. Ainsi le vêtement, fait pour un être de chair, s'inscrit entre ces deux pôles : devenir soi et entrer en relation. S'habiller de façon satisfaisante est donc implicitement un acte d'affirmation de soi.

La mobilité corporelle devient signe de beauté, et le vêtement n'est pas signe de confusion des genres mais signe d'un ajustement identitaire. «Suivant le contexte, les vêtements représentent tantôt la persona (notre attitude extérieure sociale), tantôt notre attitude intérieure. Dans les mystères initiatiques, changer de costume était le signe de la transformation en un nouvel état et de l'illumination de l'intelligence. Les souliers, étant la partie inférieure de notre habillement, représentent notre point de vue par rapport à la réalité: la solidité d'implantation de nos pieds sur le sol, celle avec laquelle la terre nous supporte, donnent la mesure de nos possibilités.» 2

Cet ajustement permettrait de créer une nouvelle relation au vêtement et à fortiori - au corps. C'est dans ce sens que j'imagine le futur, car cet ajustement permettrait une synthèse réussie des contraires et amènerait une identité propre à chaque être qui pourrait raconter son histoire par le vêtement ou par l'intention de ce vêtement. Le vêtement idéal devrait être en mesure de refléter l'harmonie entre l'être et le paraître. Comme le dit Erasme : «C'est le corps du corps et il donne une idée des dispositions de l'âme». Une identité qui réunirait de plus les sens, l'esprit et le corps et qui ferait que le vêtement a un vrai rôle de médiation. «Ce qui est appris par corps, n'est pas quelque chose que l'on a, comme un savoir que l'on peut tenir devant soi, mais quelque chose que l'on est.» 3




1 ERNER, G. Victimes de la mode. Comment on la crée, Pourquoi on la suit, Paris, La Découverte, 2004, p. 200
2 FRANZ von, M-L, L'interprétation des contes de fées, Albin Michel, 1985, (1ère éd. 1978), p. 227
3 DETREZ, C. La Construction sociale du corps, Saint-Amand-Montrond, Seuil, 2002, p. 161

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