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AVORTEMENT, POUR LA LIBERTE DE CHOIX
Questions à la directrice du Planning familial et à une socioologue.
Quel est le rôle du Planning familial par rapport à l'avortement ?
Le planning permet à toute personne d'avoir la possibilité de consulter dans un service public, confidentiel et gratuit pour prendre une décision qui lui convient.

Pourquoi aujourd'hui encore certaines femmes doivent-elles envisager un avortement ?
Même si les jeunes femmes (75% des consultantes ont entre 15 et 30 ans) sont aujourd'hui bien informées, elles connaissent parfois mal les effets concrets des moyens contraceptifs dans leur corps. Il y a encore beaucoup de fausses idées (pratique du retrait, jours non fécondables, contraception naturelle après accouchement, la pilule rend stérile, fait grossir...). Une femme doit contrôler sa fertilité durant 35 années ! Il y a inéluctablement des accidents de la contraception (oubli pilule, préservatif qui se déchire, etc.) mais aussi des actes manqués (le désir d'enfant, de grossesse, l'emporte sur le raisonnement) et des ambivalences (vérification de la fertilité, conflit de couple)...

Est-ce encore un sujet tabou ? Les femmes se sentent-elles encore coupables ?
Autant elles ont besoin d'en parler avant l'intervention, parce que le problème est là, dans leur corps et dans leurs émotions, et qu'il faut prendre une décision, autant après coup, c'est le soulagement qui prédomine. La plupart ne souhaitent pas revenir sur la question beaucoup de celles qui avaient pris un rendez-vous post-IVG ne reviennent pas. Peut-être parce que c'est une expérience trop personnelle, trop intime. Il y a quelques temps, même le personnel soignant culpabilisait parfois les femmes. Maintenant, sans être banalisé, l'avortement est considéré comme un droit humain fondamental. Je dis souvent aux jeunes qui viennent consulter : "Vous n'avortez pas d'un bébé, mais d'un projet, d'un désir d'enfant". Il est important de soutenir la femme dans sa démarche en accueillant ce qui est dit sans jugement, sans banaliser, ni dramatiser.

Quelle est la position du planning familial par rapport au régime du délai ?
Le Service du planning familial soutient la nouvelle loi qui est très proche de ce qui se fait déjà à Genève, sauf en ce qui concerne l'avis conforme qui ne sera plus une exigence. Bien que cette nouvelle loi ne soit pas pleinement satisfaisante (délai trop court, évocation de la situation de détresse...), nous pensons que c'est déjà une amélioration importante par rapport à la législation actuelle.

Merci Dorette Fert.



QUESTIONS A ELIANE PERRIN
ETUDES SUR LES SUITES PSYCHOLOGIQUES ET SEXUELLES DE L'IVG

D'où vous est venue l'idée de faire une étude post-avortement ?
Tout d'abord il s'agissait de reprendre une étude tessinoise de manière plus rigoureuse. La mémoire transformant énormément les choses, on a choisi de faire une étude à la fois rétrospective et prospective afin de pouvoir comparer: les femmes remplissaient donc un questionnaire avant l'intervention et un autre 6 mois plus tard. On se rend alors compte que les histoires personnelles peuvent évoluer considérablement au fil du temps et sont en fait constamment refabriquées. La deuxième raison c'était de mieux cerner le vécu de l'avortement, particulièrement en regard d'un des arguments anti-avortement qui considère automatiquement l'avortement comme un traumatisme.

Est-ce difficile pour les femmes de parler ainsi de leur avortement après coup ?
Oui, mais la période la plus difficile pour les femmes, c'est avant. L'attente jusqu'au moment de l'intervention (1-3 semaines) est particulièrement pénible. Après, elles n'ont généralement pas envie d'en reparler, c'est un mauvais souvenir. C'est pourquoi les entretiens se faisaient dans un lieu non-médicalisé ou par téléphone. Du point de vue émotionnel et affectif, 6 mois c'est encore le présent.

Justement, pourquoi avoir choisi de les revoir aussi vite et pas 10 ans, 15 ans après ?
10-20 ans après, l'avortement fait partie de leur histoire au sens du passé. Mais le livre "Femmes, corps et âmes" de Mary-Anna Barbey permet de voir, avec des femmes de tous âges, comment les avortements sont intégrés aux histoires de vie. On ne peut pas savoir si le vécu de l'avortement 20 ans après est représentatif de l'événement ou si c'est le travail du temps qui a modifié la façon de le voir. On a souvent besoin d'attribuer une difficulté ou une maladie à quelque chose. Il est intéressant de voir comment l'avortement s'imbrique dans les récits de vie.

La culpabilité vient-elle vraiment de l'intérieur ou provient-elle d'une pression sociale ?
La culpabilité est exactement à la charnière entre l'individu et le social. Mais c'est avant tout un produit social; la loi, les condamnations, les campagnes anti-avortement peuvent réanimer un sentiment violent de culpabilité. La culture religieuse par contre n'empêche pas (et n'a jamais empêché) de faire un avortement. Mais la pression sociale n'est pas forcément anonyme, inconnue, ça peut être le partenaire, une amie à qui l'on se confie et qui se dit contre l'avortement, et dans ce cas, c'est extrêmement douloureux. En fait, si l'avortement est autant débattu, controversé, c'est dû à notre représentation sociale de la vie. Si dans certains pays la vie se situe dans le souffle (l'enfant vit depuis la minute où il remplit ses poumons d'air), elle se situe chez nous dans le coeur qui bat, dans l'activité du cerveau... Entre la génétique, le clonage, les progrès médicaux qui permettent de faire vivre un prématuré de plus en plus tôt, les limites entre mort et vie sont constamment repoussées et il devient difficile de prendre une position éthique.

Votre étude se penche également sur la sexualité post-IVG...
D'abord, il y a tous les cas de figure possibles. En règle générale, la sexualité des couples ne bouge pas (satisfaction, nombre de rapports sexuels...). Cependant un quart à un tiers des femmes ont des troubles dits psychosomatiques (baisse du désir, douleurs durant le rapport, problèmes de poids, diminution de la joie de vivre, de l'énergie...), mais qui n'ont aucune influence sur leur vie sexuelle. On dirait que les femmes prennent sur elles, comme si leurs problèmes physiques ou psychologiques ne devaient pas créer de "ravages" dans le couple. La satisfaction reste la même, parce qu'elles sont contentes que le couple marche. Elles ont peut-être l'intuition que si le couple allait mal, leurs symptômes psychosomatiques empireraient. Les sociologues ont tendance à y voir un facteur démontrant que la société va vers une plus grande individualisation, mais c'est probablement plus subtil...

Merci Eliane Perrin.

Propos recueillis par G.B. et I.B.

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