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UNE RENCONTRE AVEC COLETTE SOUFFLET, ANCIENNE AUMONIERE CATHOLIQUE DE PRISON
Colette Soufflet a été aumônière de prison pendant14 ans. Aujourd'hui, active au sein de l'association Vivre sans barreaux, elle s'est exprimée pour nous sur la vie des personnes détenues à la prison de Champ-Dollon à Genève. Nous la suivons au gré des thèmes abordés. «Tout le monde peut passer par la prison, personne n'est à l'abri». Partant de ce constat, Colette porte un regard empathique sur les détenu-e-s, peu importe l'acte qui a conduit à l'incarcération. Une aumônière c'est avant tout une «grande oreille» car les personnes détenues ont besoin d'être écoutées. Vérités et mensonges sont accueillis, recueillis pour soulager sans jugement, sans représailles.
Face à la solitude, l'écoute

L'incarcération c'est un choc. L'enfermement fait perdre les repères temporels et sociaux. Lorsqu'on entre en prison, la famille «s'écroule». La pression est forte pour que les ponts soient coupés. Parfois même les policiers, des juges et avocat-es conseillent le divorce. Il est fréquent que les familles ne soutiennent pas la personne détenue. Le regard réprobateur de la société et de l'entourage isole ainsi les prisonniers/ères. Ce regard est encore plus dur à l'égard des femmes car les représentations sociales font que l'on voit en toute femme une mère, c'est-à-dire une femme qui a des responsabilités envers les enfants et la société et qui n'a pas droit à l'erreur. Les femmes peuvent parler de cette souffrance lors des célébrations religieuses, spirituelles, qui, à Champ-Dollon, ont lieu pour elles dans leur cuisine, lieu de partage pour leur unité. Ce sont des moments forts où le contact avec les aumônières est comme une ouverture sur le monde extérieur.

Une giclée de parfum que l'on emportera avec soi dans la cellule pour quelques heures, une fleur apportée pour elles, qui conduira l'esprit vers des jardins imaginaires ou autrefois connus et sera la clé qui permet aux femmes de s'ouvrir. Une parole, vraie, dite (parfois traduite par une co-détenue) ou entendue qui soulagera l'espace d'un instant ou redonnera espoir.

Un moment intense où les femmes parlent de leur vie et se savent écoutées, un moment aussi où une communion se fait entre femmes de toutes confessions et d'horizons divers.


Pas de vie privée, mais une grande solidarité

Le plus dur, après la privation de liberté, c'est le manque d'intimité. Dans les cellules que les femmes partagent à plusieurs (2 à 5) rien ne ferme à clé. Les copies des dossiers personnels sont à la portée de chacune, il n'y a pas de vie privée. Or, il est indispensable de se préserver du regard et du jugement des autres (gardiennes et co-détenues) qui peuvent être féroces selon le délit commis.

Les révélations ou jugements concernant les prisonnières, lorsqu'ils sont rapportés par les médias, peuvent susciter un déchaînement de violence comme un très grand élan de solidarité. Il est arrivé qu'elles écrivent au juge pour demander qu'un enfant puisse rester avec sa mère au lieu d'être placé. Dans les cas de catastrophes naturelles, elles font des collectes pour les femmes des pays touchés.


Quelle place pour la féminité ?

En prison, les femmes ont beaucoup de peine à garder leur féminité, rester coquettes, s'habiller. Or, certaines ont besoin de cela pour se sentir bien. Détenir un flacon de parfum par exemple est interdit. Tout a la même odeur. Les conditions de vie et le stress font que certaines femmes n'ont plus leurs règles.


Être mère et prisonnière

Les mères souffrent terriblement de ne pas savoir ce que fait leur enfant, comment s'est passée sa semaine à l'école, de ne pas pouvoir lui parler ou lui téléphoner régulièrement. Les lettres personnelles sont lues par les juges ou les greffiers/ères. Certaines mères peuvent garder leur enfant (jusqu'à l'âge de 3 ans) auprès d'elles. Des mamans de jour ou grands-mères peuvent venir régulièrement chercher l'enfant pour le promener avant de le ramener en prison moyennant une fouille en bonne et due forme de la couche-culotte ! Il arrive que ce soient les co-détenues qui montrent à une jeune mère comment s'occuper de son bébé, car certaines mères, notamment étrangères, sont seules.


Perte d'autonomie et insertion sociale

La prison peut conduire à la perte d'autonomie. L'argent gagné par le travail effectué (nettoyage des douches et w.c., repassage du linge de la prison, ateliers de poterie et d'artisanat, etc.) est consigné dans un compte, mais jamais perçu en espèces sonnantes. Ce qui, à la sortie de prison, demande un réapprentissage de la gestion de son argent. De même la notion du temps qui se perd, il n'y a pas ou peu de temps personnel où le libre arbitre puisse s'exercer. Tout est prévu d'avance par les autres.

La réinsertion sociale est rendue difficile par la perte de l'autonomie et des repères sociaux. Totalement prises en charge en prison, les personnes, si elles ne sont pas accompagnées, peuvent craquer. Elles n'ont plus d'initiative, elles sont fragiles et déboussolées. A cela s'ajoute le fait qu'à la sortie de prison il n'y a plus d'appartement (liquidé en l'absence de la personne), pas de travail, plus de réseau familial et social, plus d'enfants lorsqu'ils ont été retirés à la mère. Tout est à reconstruire sous le regard souvent réprobateur de l'entourage.

«L'opinion publique doit désapprendre» nous dit Colette. La personne a payé pour sa faute, elle a évolué. Il faut lui donner une deuxième chance et opter pour la réinsertion. D'où le souhait de Colette que la population soit plus ouverte à l'accueil des ex-détenu-e-s afin de leur donner des conditions de vie dignes. Que plus d'entreprises leur proposent des postes de travail, qu'on leur fasse confiance. Et pourquoi pas, des «portes-ouvertes» à Champ-Dollon !

C.S.



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