Dossiers VOI(X)ES
MONOPARENTALITE-S...
Dans ce journal, nous avons voulu refléter la diversité de la monoparentalité et de ses causes, parfois irréversibles, comme lors du décès de l'autre parent, ou par intermittence pour les cas où l'autre parent doit s'absenter pour des motifs professionnels. Nous avons donc cherché des "cas de figure" représentatifs de cette diversité et leur avons posé les questions suivantes :
- Comment vous êtes-vous retrouvé-e seul-e avec vos enfants ?
- Qu'est-ce qui a été le plus difficile ?
- Quelles astuces, "trucs" avez-vous trouvé pour gérer la situation ?
- Quelle place tient l'autre parent pour vous et vos enfants ?
- Comment vous êtes-vous retrouvé-e seul-e avec vos enfants ?
- Qu'est-ce qui a été le plus difficile ?
- Quelles astuces, "trucs" avez-vous trouvé pour gérer la situation ?
- Quelle place tient l'autre parent pour vous et vos enfants ?
Catherine, 40 ans, secrétaire
Mon mari est musicien et joue dans toute l'Europe : c'est le principe de la tournée, de la production et du cachet. Donc, beaucoup d'absences. Mais j'étais prévenue, je faisais le même métier que lui au départ.
Le plus difficile : prendre les décisions seule quand les enfants étaient petits (pas de portable ou de numéro pour joindre mon mari pour une partie de ses déplacements). Comment détecter la vraie maladie du "jeu" de nos chères têtes blondes ! Avoir un mari qui n'entend pas ses enfants pleurer la nuit : c'est fatiguant.
Faire ce qu'il faut quand il faut, le mieux possible en se disant qu'on a le droit à l'erreur.
Quand les enfants étaient petits, les absences de mon mari ont permis à tout le monde d'avoir des plages plus calmes : lui n'était pas un fan des tout petits et moi j'ai apprécié d'avoir de la solitude pour récupérer (les changements de rythme étant toujours difficiles à intégrer dans le quotidien). Notre fils a bien accepté ce rythme changeant alors que notre fille a souffert de l'absence de son père.
Maintenant les enfants ont 9 et 11 ans, leur père est très disponible pour eux quand il est à la maison. Ils communiquent par portable ou fax quand il est loin. on est très complémentaires et on peut plus facilement partager l'attention que l'on porte aux enfants. Mon mari est beaucoup plus intégré au rythme de la famille et s'investit, participe dès que possible. Il était beaucoup plus décalé et dans son monde quand les enfants étaient petits.
Bref, dans l'ensemble ça marche !
Jacques, 64 ans, hôtelier
Je me suis retrouvé seul avec mes enfants, suite au décès de mon épouse.
Le plus difficile a été d'assurer une continuité dans leur éducation. Etant dans un métier de service où la vie professionnelle et la vie de famille ne faisaient qu'un, il fut très difficile d'être à ce moment là plus proche de mes filles. Souvent confiées à des membres de la famille ou à des collaborateurs proches, il m'était impossible de toujours savoir ce qu'elles faisaient réellement. De plus, elles ne se confiaient pas facilement. Les placer en école ou autres institutions m'a beaucoup soulagé.
Même lors de moments d'égarement je leur ai toujours fait confiance et étais proche d'elles lorsque c'était nécessaire.
Pour moi l'autre nouveau parent tient une place essentielle, par contre pour mes filles il consiste en une amitié sincère, sans plus. Le nouveau parent n'a jamais eu l'attitude du nouveau... parent, car ni mes filles ni ma nouvelle compagne ne voulaient agir ainsi. Je pense que mes filles respectent cette nouvelle personne, elles le font pour moi essentiellement.
Lucile, 47 ans, responsable d'une agence immobilière en France
Je suis un foyer monoparental, mais j'ai pas le parcours classique du "divorce". Mon fils est né d'une union passionnée, qui a mal tourné et qui s'est soldée par le suicide de son père. J'avais 34 ans et mon fils 3 ans. Je me suis donc retrouvée seule, sans préavis, face à mon enfant et à la vie.
Le plus difficile a été de sortir de mon état "d'enfant gâtée" pour prendre mes responsabilités à 100% en très peu de temps. Je n'ai bénéficié d'aucune aide sociale malgré mes démarches auprès d'assistantes. (Je n'ai toujours pas compris...).
En ce qui me concerne, il n'y a pas d'astuce ni de truc magique, je me suis simplement débrouillée pour avoir toujours un travail qui me permet de nous faire vivre.
La priorité a toujours été et est toujours mon fils. Et mon état d'esprit a toujours été celui de le protéger, de le guider, de l'aimer afin de pallier un tout petit peu à l'absence de l'autre.
Thomas, 46 ans, artiste, travail alimentaire : monteur et réalisateur film et vidéo
Après le départ de ma copine (la mère de mes trois enfants, on n'était pas mariés...), j'ai proposé que notre ancien appartement, dans une coopérative d'habitation (autres enfants dans l'immeuble, jardin, école proche pour citer quelques avantages pas faciles à retrouver), reste le lieu des enfants et qu'on se partage la garde à 50%. Je voulais que les enfants souffrent le moins possible de la séparation. J'ai aussi découvert que c'était une bonne solution d'un point de vue économique et par rapport à la situation du logement à Genève.
Le plus difficile est évidemment d'organiser son temps, de combiner travail et enfants. On arrive souvent aux limites psychologiques et physiques. Dans mon cas particulier c'était quand même dur aussi d'être confronté chaque semaine que j'avais les enfants au lieu d'habitation du couple, à la présence de l'autre qui m'a quitté. Mais en même temps ces difficultés procurent une sorte de fierté d'y arriver et de rester conscient de la situation.
Il est important de trouver du plaisir à être avec les enfants et de ne pas tomber et sombrer dans la frustration et le stress. C'est le seul "truc" qui m'aide dans les moments de débordement total où on a envie de jeter l'éponge, de se casser. Il faut également - et cela s'ajoute à l'organisation du temps - trouver du temps pour soi-même, faire des séparations nettes entre boulot, enfants et plaisir personnel.
Mes activités artistiques m'aident beaucoup pour ça. L'infrastructure pratique, avoir par exemple des babysitters flexibles et des échanges avec d'autres parents, est très importante également.
Presque deux ans après la séparation, je suis toujours en train de digérer la rupture. Dès le départ j'ai essayé, malgré la violence psychologique que j'ai reçue et la colère par rapport à l'autre qui en résulte, de séparer le couple d'amour, du couple de parents. Ce n'est pas une chose simple et il ya a toujours des hauts et des bas. C'est un vrai travail de couple de nouveau, d'un autre couple. Il faut faire en sorte qu'on a l'impression qu'on peut compter sur l'autre, avoir confiance même si on est méfiant, pardonner même si on est en colère, etc. Il est parfois très difficile de communiquer mais au fil du temps je vois des améliorations. Il faut toujours se dire et se rendre compte que les deux, même séparés, sont importants pour les enfants.
Dans la même rubrique
